« À 18 km/h, je suis en footing » : les chiffres délirants du test VMA de Jimmy Gressier

Imaginez un instant. Vous êtes sur un tapis de course, le souffle court, le front perlant de sueur. Le compteur affiche 12 km/h. Vous tenez bon, mais la conversation devient difficile. À 14 km/h, vous ne répondez plus que par monosyllabes. À 16 km/h, vous luttez contre l’envie d’appuyer sur le bouton d’arrêt d’urgence.

Pendant ce temps, un homme, Jimmy Gressier, trottine à 18 km/h. Pour lui, ce n’est pas un sprint, ce n’est pas une séance de seuil lactique, c’est ce qu’il appelle un footing. Une allure de croisière où il pourrait, selon ses propres mots, « chanter ou téléphoner ».

Bienvenue dans le monde de la haute performance, là où la physiologie humaine semble s’affranchir des lois de la physique commune.


En résumé : Ce qu’il faut retenir du phénomène Gressier

  • Une VMA hors-norme : Jimmy Gressier a atteint une vitesse maximale aérobie (VMA) de 25 km/h lors de tests physiologiques poussés.
  • L’économie de course : Son efficacité est telle qu’il court à 18 km/h (3’20 au kilomètre) en restant en aisance respiratoire totale.
  • Un cœur d’exception : Sa capacité à consommer de l’oxygène (VO2 max) le place parmi l’élite mondiale des coureurs de fond.
  • Mentalité : Au-delà des chiffres, c’est son approche décomplexée et son tempérament de guerrier qui font de lui un champion à part.

Mon humble rencontre avec le « mur » de la vitesse

Avant de plonger dans les données brutes qui font frémir les cardiologues, laissez-moi vous raconter une petite anecdote. Je me souviens d’une séance sur piste, il y a quelques années. Je préparais un modeste marathon. À côté de moi, un jeune espoir régional s’échauffait. J’étais fier de mon allure à 14 km/h. Il m’a dépassé en me lançant un « Salut, ça va ? » avec un sourire décontracté, alors qu’il tournait manifestement beaucoup plus vite.

C’est là que j’ai compris : nous ne pratiquons pas tous le même sport. Ce qui est pour nous un effort anaérobie violent est pour des athlètes comme Jimmy Gressier une simple formalité métabolique. Mais avec Gressier, on change encore de dimension. On entre dans la zone « stratosphérique ».

Qui est Jimmy Gressier, l’ovni du demi-fond ?

Originaire de Boulogne-sur-Mer, Jimmy Gressier n’est pas seulement un athlète aux célébrations parfois provocatrices (on se souvient de ses arrivées à genoux ou avec des frites). C’est avant tout un travailleur acharné doté d’un moteur de Formule 1. Spécialiste du cross-country, du 5 000 m et du 10 000 m, il a méthodiquement gravi les échelons pour s’imposer comme le recordman d’Europe et un sérieux prétendant aux podiums mondiaux.

Sa force ? Une polyvalence rare et une capacité à maintenir des allures de sprint sur de très longues distances. Mais pour comprendre le titre de cet article, il faut s’intéresser à la science qui se cache derrière ses jambes.

Le test VMA : Le juge de paix de la physiologie

Pour les non-initiés, la VMA (Vitesse Maximale Aérobie) est la vitesse de course à partir de laquelle une personne consomme son maximum d’oxygène. C’est le plafond de verre de l’endurance.

Lors d’un test en laboratoire ou sur piste (souvent un protocole de type Vameval ou Léger-Boucher), on augmente la vitesse par paliers jusqu’à épuisement. Le staff de Jimmy Gressier a révélé des chiffres qui donnent le tournis : une vitesse maximale atteinte de 25 km/h maintenue pendant 6 minutes.

Pour mettre cela en perspective :

  • Un bon coureur amateur a une VMA entre 14 et 16 km/h.
  • Un coureur de niveau national se situe entre 21 et 22 km/h.
  • Atteindre 25 km/h place Gressier dans un cercle extrêmement fermé, celui des mutants physiologiques.

Pourquoi courir à 18 km/h en « footing » est incroyable ?

La déclaration de Gressier est ce qui a choqué la communauté du running : « À 3’20 au km, physiologiquement je suis en footing ».

En course à pied, le footing (ou endurance fondamentale) se définit par un état de steady state. Le corps recycle les lactates au fur et à mesure qu’ils sont produits. Le rythme cardiaque reste bas (généralement sous les 75% de la fréquence cardiaque maximale).

Courir à 18 km/h en aisance respiratoire signifie que le rendement énergétique de Jimmy est optimisé à l’extrême. Son cœur pompe un volume de sang oxygéné par battement (volume d’éjection systolique) bien supérieur à la moyenne. Ses mitochondries, les usines à énergie de ses cellules, sont tellement denses et efficaces qu’elles traitent le carburant sans créer de “dette” d’oxygène.

L’optimisation biologique : Le biohacking naturel d’un champion

On parle souvent de biohacking ou d’optimisation biologique. Jimmy Gressier en est l’incarnation vivante, non pas par des gadgets technologiques, mais par une adaptation physiologique poussée par des années d’entraînement en altitude (comme à Font-Romeu ou au Kenya).

L’entraînement en hypoxie augmente la production de globules rouges, améliorant ainsi le transport de l’oxygène. Combiné à une économie de course (la capacité à dépenser le moins d’énergie possible pour une vitesse donnée), cela permet de transformer une allure de compétition pour certains en une balade de santé pour lui.

Le rôle du mental : Le cœur ne fait pas tout

On pourrait croire que tout n’est qu’une question de biométrie et de génétique. Ce serait une erreur. Le staff de Jimmy souligne souvent son incroyable tolérance à la douleur.

Un test VMA n’est pas qu’une mesure physique ; c’est un combat contre l’asphyxie. Pour atteindre 25 km/h, il faut un système nerveux central capable d’ignorer les signaux de détresse envoyés par les muscles brûlant d’acidité. Gressier possède cette “grinta”, ce refus de céder, qui sublime ses capacités naturelles.

Quel enseignement pour nous, simples mortels ?

Faut-il essayer de copier Jimmy Gressier ? Évidemment que non. Cependant, son cas nous enseigne deux principes fondamentaux de la longévité et de la performance :

  1. La progressivité : Gressier n’est pas né avec une VMA de 25. C’est le fruit d’une construction méthodique de sa base aérobie.
  2. La connaissance de soi : Savoir exactement où se situent ses seuils (le moment où l’on bascule du footing à l’effort intense) est la clé pour progresser sans se blesser.

Même si votre footing se situe à 9 km/h, l’objectif reste le même : développer votre efficacité métabolique pour que l’effort devienne un plaisir, un moment où vous aussi, vous pourriez « chanter ou téléphoner ».


FAQ : Tout savoir sur la physiologie de Jimmy Gressier

Quelle est la VMA de Jimmy Gressier ?

Jimmy Gressier possède l’une des VMA les plus élevées du circuit mondial, mesurée à 25 km/h. Cela signifie qu’il est capable de courir à cette vitesse pendant plusieurs minutes avant d’atteindre son épuisement total en oxygène.

Est-il vraiment possible de parler en courant à 18 km/h ?

Pour un athlète de ce niveau, oui. Comme sa VMA est très haute, son seuil aérobie (la limite de l’aisance) est lui aussi décalé vers le haut. Là où un amateur sature, Jimmy reste dans une zone de confort relatif.

Quel est le record de Jimmy Gressier sur 5 km et 10 km ?

Jimmy Gressier détient des records de classe mondiale, notamment un record d’Europe du 5 km en 12’51’’ et des performances chronométriques exceptionnelles sur 10 000 m qui le classent parmi les meilleurs performeurs de l’histoire du sport français.

Pourquoi son test VMA est-il qualifié de « stratosphérique » ?

Le terme vient de son propre staff technique. Atteindre 25 km/h sur un tapis de course ou une piste lors d’un test progressif est une performance que très peu d’humains sur Terre peuvent réaliser. Cela témoigne d’une capacité de transport et d’utilisation de l’oxygène (VO2 max) hors du commun.

Qu’est-ce que “Intérieur Sport” a révélé sur lui ?

L’émission de Canal + a plongé dans l’intimité de sa préparation, montrant les coulisses de ses tests physiologiques et la rigueur de son quotidien. C’est dans ce reportage que le grand public a pu prendre conscience de l’écart abyssal entre un athlète de haut niveau et un pratiquant régulier.


Sources et références pour aller plus loin

Pour rédiger cet article et valider ces chiffres impressionnants, nous nous sommes appuyés sur les reportages et analyses de référence du monde sportif :

  • L’émission « Intérieur Sport » (Canal +) : Le reportage exclusif consacré à l’ascension et aux tests physiologiques du champion boulonnais.
  • Fédération Française d’Athlétisme (FFA) : Pour les données techniques et les records officiels enregistrés sur piste et sur route. Site de la FFA
  • Analyses de la Vitesse Maximale Aérobie (VMA) : Travaux de recherche en sciences du sport sur l’économie de course chez les athlètes d’élite.