Diagonale des Fous : 17 ans sans vainqueur réunionnais, jusqu’à quand ?
La Diagonale des Fous, épreuve reine du Grand Raid de La Réunion, traverse une période sans précédent dans son histoire. Depuis 2008, aucun coureur local n’a réussi à s’imposer sur cette course mythique de plus de 175 kilomètres qui traverse l’île Intense de part en part.
Cette disette de 17 années consécutives soulève des interrogations sur les raisons de cette domination métropolitaine et internationale.
L’âge d’or réunionnais : une époque révolue
L’histoire de la Diagonale des Fous raconte pourtant une tout autre réalité. Née en 1989 sous le nom de Marche des Cimes, la course fut longtemps une chasse gardée des coureurs locaux. Gilles Trousselier remporte les deux premières éditions en 1989 et 1990, suivi par des figures emblématiques comme Jean-Philippe Marie-Louise (4 victoires), Patrick Maffre (3 victoires), Paul-Cléo Libelle (2 victoires), Richeville Esparon (2 victoires), Thierry Techer et Thierry Chambry.
Cette domination locale s’expliquait par une connaissance intime du terrain, si piégeux et si typique de l’île. Les coureurs réunionnais évoluaient sur leurs terres, maîtrisant chaque racine et chaque caillou des sentiers escarpés qui font la réputation de cette course d’exception.
Marcelle Puy : la dernière gloire réunionnaise
Du côté féminin, Marcelle Puy reste l’incarnation parfaite de cette domination locale. La Réunionnaise de La Possession détient le record absolu de victoires avec cinq triomphes (1995, 2002, 2007, 2008, 2010), un palmarès inégalé chez les hommes comme chez les femmes. Surnommée « la Reine Marcelle », elle représente la dernière grande championne locale à avoir dominé l’épreuve.
Sa dernière victoire en 2008 marque symboliquement la fin de l’hégémonie réunionnaise. Depuis cette date, la course a basculé dans une ère de domination extérieure, avec l’arrivée des spécialistes internationaux du trail running.
L’invasion des “pros” du trail
Le milieu des années 2000 marque un tournant décisif dans l’histoire de la Diagonale. Les professionnels du trail découvrent cette course d’exception et viennent « conquérir l’île ». Julien Chorier, Kilian Jornet, Benoît Girondel et surtout François d’Haene s’imposent progressivement comme les nouveaux maîtres de l’épreuve.
Cette évolution reflète la professionnalisation du trail running à l’échelle mondiale. Les coureurs d’élite disposent désormais de préparateurs, de technologies d’entraînement avancées et d’un encadrement scientifique leur donnant un net avantage sur les sportifs locaux.
La situation actuelle : une domination sans partage
Les éditions récentes confirment cette tendance. En 2024, Mathieu Blanchard s’impose en 23h25, tandis qu’en 2025, Baptiste Chassagne remporte sa première Diagonale en 23h31. Aucun Réunionnais ne figure parmi les favoris, et les meilleurs représentants locaux peinent à intégrer le top 10.
Cette situation contraste fortement avec les deux premières décennies de la course. Le constat est brutal : depuis quinze ans, aucun vainqueur n’est originaire de l’île.
Les défis des coureurs locaux
Plusieurs facteurs expliquent cette révolution silencieuse du palmarès. L’élite internationale du trail dispose de structures d’entraînement professionnelles, de préparateurs spécialisés et de moyens financiers considérables. Les coureurs locaux, malgré leur expérience du terrain, ne peuvent rivaliser avec un tel niveau de préparation.
De plus, la règle de qualification instaurée depuis plusieurs années, imposant la participation à des courses notées 85 points minimum, tend à favoriser les athlètes déjà intégrés aux circuits mondiaux, au détriment des talents locaux.
Vers un renouveau réunionnais ?
Malgré tout, l’espoir demeure. Marcelle Puy, à 53 ans, a prouvé en 2023 qu’elle gardait un niveau exceptionnel en terminant 6ᵉ femme après plus de 33 heures d’effort. Cette performance souligne la résilience et la passion des trailers réunionnais.
La nouvelle génération pourrait bien ramener un souffle frais. L’île dispose d’un vivier de coureurs prometteurs, forgés sur les sentiers les plus techniques du monde. Il ne manque qu’un profil capable de conjuguer savoir local et approche moderne de l’entraînement.
Un défi pour l’identité sportive réunionnaise
Cette absence prolongée de vainqueur local questionne l’identité même de la Diagonale. Comment une épreuve aussi enracinée dans le patrimoine réunionnais peut-elle échapper à ceux qui en ont fait la légende ? Le sport de haut niveau ne connaît plus de frontières : il récompense la préparation, la rigueur et l’expérience internationale.
La Diagonale des Fous reste pourtant un symbole universel du trail, un laboratoire où brille l’élite mondiale. Des coureurs comme Courtney Dauwalter ou François d’Haene ont contribué à faire de cet événement une vitrine du trail extrême.
Mais pour La Réunion, une seule victoire locale rendrait à cette course sa fierté symbolique. Le jour où un Réunionnais lèvera les bras à La Redoute, l’émotion sera immense : celle d’un retour attendu depuis 17 ans.
Qui est Nicolas ?
Je suis un passionné de course à pied avec plus de 15 ans d'expérience. Ayant débuté comme coureur amateur, j'ai progressivement affiné mes compétences en m'informant sur les meilleures pratiques d'entraînement, que je partage désormais avec mes lecteurs.
Mon objectif est de rendre la course accessible à tous, en proposant des conseils pratiques, des analyses techniques, et des méthodes adaptées à tous les niveaux.
Actuellement en cours de formation pour le CQP Animateur d’athlétisme option « athlé forme santé », préparateur mental et nutritionniste sportif diplômé, j'approfondis mes compétences en entraînement et pédagogie afin de partager des méthodes et des approches efficaces et adaptées aux besoins des coureurs de tous niveaux.
Quelques faits d’armes :
- 100 km de Steenwerck : 7h44
- 80 km Ecotrail Paris (1300m D+) : 7h12
- 42 km Nord Trail Mont de Flandres (1070m D+) : 3h11
- Marathon de Nice-Cannes : 2h40
- Championnats de France de Semi-Marathon : 1h13
- 10 km de Lambersart : 34'16