Le marathon de Pyongyang en Corée du Nord reprend après 6 ans d’interruption
Après une longue attente marquée par des frontières fermées et des restrictions sanitaires strictes, le marathon de Pyongyang a finalement repris ses droits en avril 2025. Cet événement sportif international, symbole d’ouverture timide pour le pays le plus secret du monde, a rassemblé des coureurs de plusieurs continents autour d’un parcours traversant les artères de la capitale nord-coréenne. Voici l’histoire de cette renaissance, entre défis logistiques, enjeux politiques et émotions sportives.
Un retour historique dans un contexte géopolitique tendu
Le marathon international de Pyongyang, suspendu depuis 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, a fait son grand retour le 6 avril 2025. Organisé en l’honneur de l’anniversaire de Kim Il-sung, fondateur du régime, cet événement revêt une dimension symbolique forte. J’ai suivi de près les préparatifs grâce à des contacts locaux et des partenaires comme Koryo Tours, qui facilite l’inscription des étrangers. Les coureurs étrangers, environ 200 selon Reuters, ont débarqué à Pyongyang avec une curiosité mêlée d’appréhension, conscients du privilège rare de fouler le sol nord-coréen.
Le parcours : entre monuments iconiques et campagne nord-coréenne
Le tracé du marathon, inchangé depuis des décennies, part du stade Kim Il-sung pour serpenter dans le centre-ville, passer devant la tour du Juche et s’enfoncer dans la campagne environnante avant de revenir au point de départ. J’ai été frappé par les images des spectateurs, masqués pour certains, agitant des drapeaux et scandant des slogans. Les coureurs étrangers, dont des Éthiopiens et des Chinois, ont partagé sur Instagram des clichés de rues pavoisées et de panneaux à la gloire du régime.
Les résultats : domination nord-coréenne et surprises internationales
Comme attendu, les athlètes locaux ont raflé la plupart des médailles. Les marathoniens nord-coréens ont remporté l’or dans les épreuves masculines et féminines, tandis que l’Éthiopie a glané deux bronzes1. Mais la vraie surprise est venue des coureurs amateurs : un Polonais et une Hongkongaise ont dominé leurs catégories, offrant une image inédite de diversité dans un pays souvent perçu comme uniforme. Ces performances soulignent l’attrait paradoxal d’un événement sportif dans une dictature fermée.
Les coulisses logistiques : un défi pour les organisateurs et les participants
Participer à ce marathon relève du parcours du combattant. Les visas doivent être obtenus mois à l’avance, les téléphones sont confisqués à l’arrivée, et les déplacements hors du groupe sont interdits. Lors de mon expérience en 2018 (avant la pandémie), j’avais dû négocier chaque photo avec nos guides. En 2025, les règles semblent s’être assouplies : les coureurs ont pu garder leurs smartphones, mais sous surveillance. Le stade bondé de 50 000 spectateurs2 offrait un spectacle à la fois enivrant et intimidant, avec des chorégraphies millimétrées rendant hommage au régime.
Enjeux politiques et touristiques derrière la ligne d’arrivée
Ce marathon n’est pas qu’une course. C’est un outil de soft power pour Pyongyang, qui cherche à redorer son image tout en générant des devises étrangères. Les forfaits touristiques incluant le marathon coûtent entre 1 500 et 2 500 euros, une manne vitale pour un pays sous sanctions. Mais l’ouverture reste fragile : après avoir autorisé des groupes russes début 2025, les autorités ont de nouveau suspendu les visas touristiques sans explication. Cette ambivalence reflète les tensions internes entre nécessité économique et contrôle idéologique.
Conseils pratiques pour les futurs participants
Si vous rêvez de courir à Pyongyang, préparez-vous à une aventure hors norme. Choisissez une agence spécialisée comme Koryo Tours, seule habilitée à gérer les inscriptions. Entraînez-vous sur des parcours vallonnés : le dénivelé surprend même les marathoniens aguerris. Apportez des chaussures de rechange dans votre valise – les magasins locaux n’en vendent pas. Et surtout, adoptez une posture respectueuse : éviter de critiquer le régime est une question de sécurité autant que de diplomatie.
L’avenir du marathon : un baromètre des relations internationales
La réussite de cette édition 2025 ouvre la voie à une normalisation touristique, mais les obstacles restent immenses. Les sanctions internationales, la méfiance réciproque et l’absence de liaisons aériennes directes avec l’Europe compliquent toute ouverture durable. Pourtant, chaque coureur étranger devient malgré lui un ambassadeur, rapportant des images qui défient les stéréotypes. Le prochain marathon, prévu en avril 2026, sera un test crucial pour le régime de Kim Jong-un.
En conclusion, le retour du marathon de Pyongyang marque un tournant dans la stratégie d’ouverture contrôlée de la Corée du Nord. Entre performance sportive et propagande, entre curiosité touristique et isolement politique, cet événement incarne les contradictions d’un pays à la croisée des chemins. Pour les aventuriers prêts à braver les défis logistiques et éthiques, c’est une expérience qui laisse une empreinte indélébile – à condition de garder les yeux grands ouverts, et l’esprit critique en alerte.
Qui est Nicolas ?
Je suis un passionné de course à pied avec plus de 15 ans d'expérience. Ayant débuté comme coureur amateur, j'ai progressivement affiné mes compétences en m'informant sur les meilleures pratiques d'entraînement, que je partage désormais avec mes lecteurs.
Mon objectif est de rendre la course accessible à tous, en proposant des conseils pratiques, des analyses techniques, et des méthodes adaptées à tous les niveaux.
Actuellement en cours de formation pour le CQP Animateur d’athlétisme option « athlé forme santé », préparateur mental et nutritionniste sportif diplômé, j'approfondis mes compétences en entraînement et pédagogie afin de partager des méthodes et des approches efficaces et adaptées aux besoins des coureurs de tous niveaux.
Quelques faits d’armes :
- 100 km de Steenwerck : 7h44
- 80 km Ecotrail Paris (1300m D+) : 7h12
- 42 km Nord Trail Mont de Flandres (1070m D+) : 3h11
- Marathon de Nice-Cannes : 2h40
- Championnats de France de Semi-Marathon : 1h13
- 10 km de Lambersart : 34'16