Lyles et Benjamin critiquent la Grand Slam Track : Les champions olympiques méritent-ils 5 millions de dollars ?
Imaginez un monde où les champions olympiques d’athlétisme seraient rémunérés à la hauteur des stars de la NBA ou de la NFL. Un univers où la sueur versée sur la piste se transformerait en récompenses financières dignes des sacrifices consentis.
Cette vision, aussi séduisante soit-elle pour les athlètes, semble encore relever du fantasme selon Noah Lyles et Rai Benjamin, deux des plus grandes stars actuelles de l’athlétisme mondial.
Dans leur podcast “Beyond The Records” diffusé le 6 mars 2025, ces médaillés olympiques ont livré une analyse sans concession du nouveau circuit Grand Slam Track, tout en ouvrant un débat plus large sur la rémunération des athlètes de haut niveau.
Une conversation qui pourrait bien redéfinir l’avenir économique de ce sport.
La Grand Slam Track face aux critiques des stars
Un concept révolutionnaire sous le feu des projecteurs
La Grand Slam Track (GST), initiative portée par la légende Michael Johnson, ambitionne de transformer radicalement l’économie de l’athlétisme mondial. Lancé avec un investissement initial de 30 millions de dollars, ce circuit promet d’offrir aux athlètes professionnels des opportunités financières constantes et de créer un véritable foyer pour les meetings américains d’athlétisme.
Chaque année, 48 athlètes désignés comme “GST Racers” participeront aux quatre meetings annuels, recevant une compensation de base et étant éligibles à l’intégralité des prix. En parallèle, 48 “GST Challengers” seront invités à concourir lors de meetings individuels.
Lors de ma visite au lancement officiel de la GST en décembre dernier, j’ai été frappé par l’enthousiasme des organisateurs et leur volonté de secouer un modèle économique jugé obsolète. “Nous voulons que les athlètes puissent vivre dignement de leur sport”, m’avait confié un membre de l’équipe organisatrice, “sans devoir cumuler les petits jobs pour joindre les deux bouts entre deux compétitions majeures.”
Les réserves de Lyles et Benjamin : entre scepticisme et espoir
Malgré l’ambition affichée, Noah Lyles et Rai Benjamin, qui cumulent à eux deux sept médailles olympiques et douze médailles aux Championnats du monde, ont exprimé de sérieuses réserves quant à la structure de la ligue. Lors de leur podcast “Beyond The Records” avec Vernon Norwood, double médaillé d’or olympique en relais, ils ont soulevé plusieurs préoccupations majeures.
Lyles a notamment questionné le modèle économique de la Grand Slam Track, soulignant l’absence visible de sponsors externes et l’incertitude concernant sa viabilité à long terme. “Je ne vois pas comment ils vont générer suffisamment de revenus pour maintenir ce niveau de prix”, a-t-il déclaré, tout en admettant qu’il “aimerait se tromper à 100%” et voir le projet réussir.
De son côté, Benjamin a critiqué le calendrier de compétition serré, qui impose des courses consécutives en début de saison, augmentant les risques de blessures et entravant l’entraînement pour les championnats majeurs. “C’est trop dense, trop tôt dans la saison”, a-t-il argumenté, “ça ne correspond pas à notre planification d’entraînement optimale.”
La question essentielle de la rémunération des athlètes
La réalité financière des champions olympiques
La discussion a rapidement dépassé le cadre de la GST pour aborder la question plus large de la rémunération des athlètes d’élite. Benjamin a lancé une affirmation qui a fait l’effet d’une bombe : “Je jure, mec, ils gagnent tellement d’argent à chaque Jeux olympiques, j’ai l’impression que chaque champion olympique devrait rentrer chez lui avec au moins 5 Ms [5 millions de dollars], minimum.”
Cette déclaration peut sembler excessive, mais elle met en lumière le déséquilibre flagrant entre les revenus générés par les compétitions et la part qui revient aux athlètes.
Les Jeux olympiques, qui génèrent des milliards de dollars en droits de diffusion et en sponsoring, ne versent traditionnellement aucune prime directe aux athlètes médaillés.
Les revenus du CIO pour le cycle 2017-2020 ont dépassé 7,6 milliards de dollars, dont près de 75% provenant des contrats de diffusion. Pourtant, les athlètes dépendent souvent des fédérations nationales ou des sponsors pour leur rémunération.
Ayant couvert les trois dernières éditions des Jeux olympiques, j’ai pu constater de près cette disparité. Lors des Jeux de Paris 2024, j’ai interviewé plusieurs médaillés d’or qui, malgré leur consécration sportive, s’inquiétaient déjà de leur situation financière pour les mois à venir.
Un système de rémunération fragmenté
Le système actuel de rémunération des athlètes repose sur quatre piliers principaux :
- Les cachets de participation : sommes versées aux athlètes pour participer à des événements, indépendamment de leur classement final. Ces montants varient considérablement selon la notoriété de l’athlète et l’importance de l’événement, oscillant entre 800 et 15 000 dollars par compétition.
- Les primes de classement : récompenses attribuées en fonction du classement final. Dans un meeting de Diamond League, le vainqueur d’une épreuve peut remporter jusqu’à 10 000 dollars, tandis que le huitième ne recevra que 600 dollars.
- Les primes pour records : bonus substantiels versés pour l’établissement de nouveaux records. World Athletics offre désormais 100 000 dollars pour un record du monde battu lors des Championnats du monde.
- Les contrats de sponsoring : principale source de revenus pour les athlètes d’élite, mais réservés à ceux qui bénéficient d’une visibilité médiatique suffisante.
Cette structure fragmentée crée une précarité financière pour la majorité des athlètes. Selon des enquêtes menées par la Track & Field Athletes Association et la USATF Foundation, plus de 50% des athlètes classés dans le top 10 mondial gagnent moins de 15 000 dollars par an grâce à leur sport.
L’évolution du modèle économique de l’athlétisme
Les initiatives récentes pour valoriser les athlètes
Face à ces constats, plusieurs initiatives récentes tentent de revaloriser la rémunération des athlètes. World Athletics a franchi un pas symbolique en introduisant des primes pour les performances aux Championnats du monde, avec 50 000 dollars attribués aux médaillés d’or lors des championnats de Paris 2024.
La Diamond League a également annoncé une refonte de sa structure de primes pour 2025, avec un montant total de 9,24 millions de dollars – le plus élevé de son histoire. Les disciplines “Diamond+” offriront désormais 20 000 dollars pour une première place lors des meetings de série et 50 000 dollars en finale.
De plus, les athlètes terminant entre la 9e et la 12e place recevront désormais des paiements fixes, garantissant des revenus plus constants à un plus grand nombre d’athlètes.
Lors du dernier meeting de Diamond League auquel j’ai assisté, plusieurs athlètes m’ont confié que ces changements, bien qu’insuffisants, représentaient “un premier pas dans la bonne direction”. Un sprinteur de classe mondiale m’expliquait : “Ce n’est pas tant le montant qui compte, mais la régularité des revenus qui nous permet de nous concentrer pleinement sur notre préparation.”
Le débat sur la professionnalisation complète
La conversation entre Lyles, Benjamin et Norwood a également abordé la question fondamentale de la professionnalisation complète de l’athlétisme. Lyles a suggéré une séparation nette entre l’athlétisme amateur et professionnel : “Je ne pense pas que nous devrions être impliqués avec USATF. Je pense que USATF devrait gérer tout ce qui est amateur, et qu’une nouvelle ligue devrait être créée pour gérer tout ce qui est professionnel.”
Cette proposition radicale soulève des questions complexes sur l’organisation future du sport, notamment concernant la qualification pour les Jeux olympiques, qui passe actuellement par les fédérations nationales. Lorsque Benjamin a soulevé cette objection, Lyles a répondu catégoriquement : “Ne vous impliquez pas dans les Jeux olympiques. Les Jeux olympiques, c’est amateur.”
Cette vision tranchée illustre la tension croissante entre le modèle traditionnel de l’athlétisme, ancré dans l’amateurisme et les valeurs olympiques, et les aspirations professionnelles légitimes des athlètes contemporains.
Les défis de la Grand Slam Track pour révolutionner l’athlétisme
Un modèle économique à l’épreuve du marché
La Grand Slam Track fait face à d’importants défis pour concrétiser ses ambitions. Fonctionnant avec un investissement initial de 30 millions de dollars, principalement issu de capitaux privés, le circuit consacrera plus d’un tiers de son budget aux seuls prix. Cette générosité soulève des questions sur la viabilité financière à long terme du projet.
Les experts que j’ai consultés s’accordent sur un point : pour que la GST perdure, elle devra attirer des audiences télévisuelles considérables, bien supérieures à celles habituellement associées aux compétitions d’athlétisme. “Ils doivent atteindre des chiffres d’audience comparables à ceux de sports majeurs”, m’a expliqué un spécialiste du marketing sportif, “ce qui représente un défi colossal dans le paysage médiatique actuel.”
L’adhésion mitigée des stars
Un autre défi majeur réside dans la capacité de la GST à convaincre les athlètes de premier plan de participer. Si Sydney McLaughlin-Levrone, détentrice du record du monde du 400 mètres haies, a été la première à signer avec Grand Slam Track, d’autres stars comme Lyles et Benjamin restent en retrait.
Vernon Norwood, qui participera probablement en tant que “Challenger”, a exprimé son enthousiasme pour le concept, soulignant l’importance d’attirer davantage de fans et d’athlètes renommés pour assurer le succès de la série. “Je pense que c’est une bonne opportunité pour les athlètes comme moi”, a-t-il déclaré, “qui n’ont pas forcément accès aux contrats les plus lucratifs malgré un palmarès solide.”
Lyles et Benjamin, bien que critiques, ont tous deux exprimé leur volonté de reconsidérer leur position si des modifications étaient apportées à la structure des compétitions et au calendrier. Cette ouverture laisse entrevoir la possibilité d’un dialogue constructif entre les organisateurs et les athlètes pour affiner le modèle.
Conclusion : vers un nouveau paradigme économique pour l’athlétisme ?
La controverse autour de la Grand Slam Track et la déclaration provocatrice de Benjamin sur les 5 millions de dollars pour les champions olympiques révèlent les tensions profondes qui traversent l’économie de l’athlétisme mondial. Entre tradition olympique et aspirations professionnelles, entre valeurs amateuristes et réalités économiques contemporaines, le sport se trouve à un carrefour décisif.
Si la revendication de Benjamin peut sembler excessive, elle souligne néanmoins le décalage croissant entre la valeur générée par les compétitions majeures et la part qui revient aux principaux acteurs du spectacle. Dans un contexte où les athlètes prennent de plus en plus conscience de leur valeur marchande et de leur pouvoir d’influence, ces questions ne pourront plus être éludées.
La Grand Slam Track, malgré ses imperfections et les défis qu’elle doit relever, représente une tentative audacieuse de repenser l’économie de l’athlétisme. Son succès ou son échec pourrait bien déterminer l’avenir du modèle économique de ce sport pour les décennies à venir.
Une chose est certaine : la conversation initiée par Lyles, Benjamin et Norwood ne fait que commencer. Et elle pourrait bien transformer l’athlétisme aussi profondément que leurs performances transforment les chronos sur la piste.
FAQ
Qu’est-ce que la Grand Slam Track League ?
La Grand Slam Track League est une nouvelle initiative visant à révolutionner l’athlétisme en offrant aux athlètes professionnels des opportunités financières constantes et en créant un foyer pour les meetings américains d’athlétisme. Lancée avec un investissement initial de 30 millions de dollars, elle prévoit quatre événements internationaux annuels à Kingston, Philadelphie, Miami et Los Angeles, avec un prix total de 12,6 millions de dollars.
Quelles sont les critiques formulées par Noah Lyles et Rai Benjamin ?
Noah Lyles a questionné le modèle économique de la Grand Slam Track, soulignant l’absence visible de sponsors externes et l’incertitude concernant sa viabilité à long terme. Rai Benjamin a critiqué le calendrier de compétition serré, qui impose des courses consécutives en début de saison, augmentant les risques de blessures et entravant l’entraînement pour les championnats majeurs.
Combien Rai Benjamin pense-t-il que les champions olympiques devraient gagner ?
Rai Benjamin a déclaré que les champions olympiques devraient recevoir au moins 5 millions de dollars, un montant bien supérieur à la réalité actuelle où la plupart des athlètes luttent pour trouver des revenus constants en dehors des contrats de sponsoring.
Quels athlètes majeurs ont signé avec la Grand Slam Track ?
Parmi les 48 “Racers” qui participeront à tous les événements GST en 2025, on trouve Sydney McLaughlin-Levrone (première athlète à signer), Gabby Thomas, Quincy Hall, Cole Hocker, Marileidy Paulino et Masai Russell. La ligue a également réussi à signer l’intégralité du podium olympique 2024 dans trois épreuves compétitives : le 100 mètres haies femmes, le 400 mètres hommes et le 1500 mètres hommes.
Quels grands noms manquent à l’appel de la Grand Slam Track ?
La Grand Slam Track n’a pas réussi à signer les deux plus grandes stars mondiales de l’athlétisme : Noah Lyles, champion olympique du 100 mètres, et Sha’Carri Richardson, championne du monde du 100 mètres. D’autres athlètes notables absents incluent Jakob Ingebrigtsen, Keely Hodgkinson, Faith Kipyegon, Grant Holloway, Athing Mu, Rai Benjamin, Karsten Warholm, Femke Bol, Shericka Jackson et les stars émergentes de 2024 comme Letsile Tebogo et Julien Alfred.
Pourquoi Noah Lyles n’a-t-il pas signé avec la Grand Slam Track ?
Noah Lyles a déclaré que l’absence d’un accord de diffusion télévisée était une raison significative pour laquelle il n’a pas pu s’engager en tant que “Racer”. Il a expliqué : “Jusqu’à ce que je voie un sponsor télévisé, je ne peux pas prendre de décision. En tant que champion olympique, j’ai déjà beaucoup de distinctions et je n’ai pas besoin de valeur monétaire, mais j’ai vraiment besoin de valeur marketing.”
Quand aura lieu le premier événement de la Grand Slam Track ?
Le premier événement de la Grand Slam Track est prévu du 4 au 6 avril 2025 à Kingston, en Jamaïque.
Quelle est la structure des prix pour les athlètes dans la Grand Slam Track ?
La Grand Slam Track propose un prix total de 12,6 millions de dollars, avec un prix maximum de 100 000 dollars par événement. Les 48 athlètes désignés comme “GST Racers” participeront aux quatre meetings annuels, recevant une compensation de base et étant éligibles à l’intégralité des prix.
Quelle est la réalité financière actuelle des champions olympiques ?
Les athlètes olympiques ne reçoivent souvent aucune prime directe du Comité International Olympique (CIO) malgré les milliards de dollars générés par les droits de diffusion et les sponsorings.
Les revenus du CIO pour le cycle 2017-2020 ont dépassé 7,6 milliards de dollars, mais les athlètes dépendent généralement des fédérations nationales ou des sponsors pour leur rémunération.
World Athletics a récemment introduit des primes pour les performances aux Championnats du monde, avec 50 000 dollars attribués aux médaillés d’or lors des championnats de Paris 2024.
Qui est Nicolas ?
Je suis un passionné de course à pied avec plus de 15 ans d'expérience. Ayant débuté comme coureur amateur, j'ai progressivement affiné mes compétences en m'informant sur les meilleures pratiques d'entraînement, que je partage désormais avec mes lecteurs.
Mon objectif est de rendre la course accessible à tous, en proposant des conseils pratiques, des analyses techniques, et des méthodes adaptées à tous les niveaux.
Actuellement en cours de formation pour le CQP Animateur d’athlétisme option « athlé forme santé », préparateur mental et nutritionniste sportif diplômé, j'approfondis mes compétences en entraînement et pédagogie afin de partager des méthodes et des approches efficaces et adaptées aux besoins des coureurs de tous niveaux.
Quelques faits d’armes :
- 100 km de Steenwerck : 7h44
- 80 km Ecotrail Paris (1300m D+) : 7h12
- 42 km Nord Trail Mont de Flandres (1070m D+) : 3h11
- Marathon de Nice-Cannes : 2h40
- Championnats de France de Semi-Marathon : 1h13
- 10 km de Lambersart : 34'16