Pourquoi les sportifs ont-ils une fréquence cardiaque basse ? Comprendre le “cœur d’athlète”
Si vous pratiquez la course à pied, le cyclisme ou la natation de manière régulière, vous avez sans doute remarqué que votre fréquence cardiaque de repos est nettement inférieure à la moyenne (qui se situe entre 60 et 80 battements par minute). Ce phénomène, souvent appelé bradycardie du sportif, est le signe d’une adaptation physiologique remarquable présente chez près de 80 % des athlètes d’endurance.
Mon anecdote de coureur : la surprise du cabinet médical
Je me souviens de ma première visite chez un cardiologue pour un certificat de compétition après deux ans de pratique intensive du marathon. En posant le stéthoscope, le médecin a marqué un temps d’arrêt. Il a regardé l’électrocardiogramme : 42 battements par minute.
« Vous vous sentez souvent étourdi ? Vous avez des vertiges ? » m’a-t-il demandé. Quand j’ai répondu que je courais 60 km par semaine et que je me sentais en pleine forme, il a souri. Pour une personne sédentaire, un tel chiffre serait le signe d’une pathologie. Pour moi, c’était simplement la preuve que mon entraînement payait. C’est là toute la différence entre la bradycardie pathologique et le cœur d’athlète, ce dernier étant une réponse saine et bien tolérée par l’organisme.
1. L’hypertrophie cardiaque : un moteur plus puissant
La raison principale d’une fréquence basse est la modification structurelle du cœur. Sous l’effet de l’entraînement en endurance fondamentale, les parois du cœur (particulièrement le ventricule gauche) s’épaississent et la cavité s’élargit.
C’est ce qu’on appelle l’hypertrophie excentrique. Un cœur plus gros peut contenir plus de sang. Par conséquent, à chaque contraction, il expulse une quantité de liquide bien plus importante : c’est le Volume d’Éjection Systolique (VES).
Le débit cardiaque, qui est la quantité de sang circulant par minute, répond à la formule suivante : Débit Cardiaque = Fréquence Cardiaque x Volume d’Éjection Systolique
Puisque le VES d’un sportif est très élevé, son cœur n’a plus besoin de battre aussi souvent pour maintenir le même débit au repos. Il devient un moteur de grosse cylindrée qui tourne au ralenti.
2. La domination du système nerveux parasympathique
Notre cœur est régulé par deux systèmes opposés :
- Le système sympathique, qui accélère le cœur (le stress, l’effort).
- Le système parasympathique, qui le ralentit (le repos, la digestion).
Chez les sportifs, l’entraînement régulier renforce le tonus vagal (lié au nerf vague). Le système parasympathique devient dominant au repos, agissant comme un frein naturel permanent qui stabilise le cœur à un rythme très calme.
3. L’efficacité périphérique : des muscles plus gourmands
Il n’y a pas que le cœur qui change. Les muscles du sportif deviennent plus efficaces pour extraire l’oxygène du sang.
- Capillarisation : Le réseau de petits vaisseaux sanguins se densifie (augmentation de 5 à 15 %) autour des fibres musculaires pour faciliter les échanges.
- Densité mitochondriale : Les “usines énergétiques” des cellules augmentent en nombre et en volume (environ 23 à 27 % de gain), améliorant l’utilisation de l’oxygène.
Comme les muscles captent mieux l’oxygène, le cœur subit moins de pression pour livrer du sang en permanence, ce qui favorise une fréquence basse au repos.
Les bénéfices d’une fréquence basse pour le sportif
Avoir un cœur qui bat lentement au repos est un avantage stratégique majeur :
- Réserve cardiaque accrue : Avec un repos à 40 bpm et un maximum à 190 bpm, l’amplitude de travail est immense.
- Meilleure récupération : Un cœur performant indique une capacité de récupération nerveuse supérieure grâce à une modulation parasympathique efficace.
- Économie d’énergie : Un cœur qui bat moins souvent limite l’usure mécanique à long terme, favorisant la longévité cardiovasculaire.
Attention : Si vous n’êtes pas sportif et que votre fréquence cardiaque descend sous les 50 bpm, ou si vous ressentez une fatigue extrême, consultez un médecin. La bradycardie doit être une adaptation à l’effort, pas une défaillance électrique.
FAQ : Tout savoir sur la fréquence cardiaque basse
Est-ce dangereux d’avoir un pouls à 40 bpm ?
Pour un athlète d’endurance, un pouls à 40 bpm est généralement sain et témoigne d’une excellente condition physique. Cependant, si cela s’accompagne de vertiges ou d’évanouissements, une consultation est nécessaire pour écarter un trouble de la conduction.
Combien de temps faut-il pour voir son rythme cardiaque baisser ?
Les premières adaptations nerveuses peuvent apparaître en 4 à 6 semaines d’entraînement régulier. Les changements structurels (hypertrophie) demandent en revanche plusieurs mois d’assiduité.
Le café influence-t-il la fréquence cardiaque de repos ?
Oui, la caféine stimule le système sympathique et peut augmenter temporairement votre fréquence de repos de 5 à 10 battements. Il est conseillé de mesurer son pouls au réveil, avant tout stimulant.
Est-ce que la fréquence cardiaque basse reste à vie ?
Non. Si l’activité physique s’arrête, le cœur se “déseuropthie” (atrophie physiologique) et le tonus vagal diminue, ramenant le pouls vers des valeurs standards en quelques mois de sédentarité.
Sources et Études Scientifiques
- Bradycardia in Athletes: Prevalence, Mechanisms, and Risks (Circulation, 2025/2026) : ahajournals.org/doi/10.1161/CIRCULATIONAHA.125.076170
- Athlete’s Heart Revisited: Historical, Clinical, and Molecular Perspectives (Circulation Research, 2025) : ahajournals.org/doi/10.1161/CIRCRESAHA.125.325638
- Cardiac Vagus and Exercise (Frontiers in Physiology/PMC) : pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6383634/
- Effects of Exercise Training on Mitochondrial and Capillary Growth (ResearchGate, 2024) : researchgate.net/publication/384810685_Effects_of_Exercise_Training
- Cardiac remodelling: concentric versus eccentric hypertrophy (PMC) : pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC2300466/
Qui est Nicolas ?
Je suis un passionné de course à pied avec plus de 15 ans d'expérience. Ayant débuté comme coureur amateur, j'ai progressivement affiné mes compétences en m'informant sur les meilleures pratiques d'entraînement, que je partage désormais avec mes lecteurs.
Mon objectif est de rendre la course accessible à tous, en proposant des conseils pratiques, des analyses techniques, et des méthodes adaptées à tous les niveaux.
Actuellement en cours de formation pour le CQP Animateur d’athlétisme option « athlé forme santé », préparateur mental et nutritionniste sportif diplômé, j'approfondis mes compétences en entraînement et pédagogie afin de partager des méthodes et des approches efficaces et adaptées aux besoins des coureurs de tous niveaux.
Quelques faits d’armes :
- 100 km de Steenwerck : 7h44
- 80 km Ecotrail Paris (1300m D+) : 7h12
- 42 km Nord Trail Mont de Flandres (1070m D+) : 3h11
- Marathon de Nice-Cannes : 2h40
- Championnats de France de Semi-Marathon : 1h13
- 10 km de Lambersart : 34'16