Tom Dumoulin réalise un marathon en 2h29 pour ses débuts : la preuve que les cyclistes professionnels excellent aussi en course à pied

Tom Dumoulin, ancien vainqueur du Giro d’Italia, vient de prouver que la transition du cyclisme à la course à pied n’est pas une simple reconversion, mais une véritable démonstration de capacités athlétiques exceptionnelles.

Lors du Marathon d’Amsterdam dimanche dernier, le Néerlandais de 34 ans a réalisé un temps impressionnant de 2h29:21 pour ses débuts sur la distance mythique des 42,195 kilomètres.

Un chrono exceptionnel pour une première

Retiré du peloton professionnel en 2022, Tom Dumoulin n’a manifestement rien perdu de sa capacité à repousser les limites de l’endurance. Son temps de 2h29:21 au Marathon d’Amsterdam le place parmi les 50 meilleurs marathoniens néerlandais de l’année, et ce, sans licence de compétition ni préparation marathon formelle.

“Je voulais courir sous deux heures et demie, et j’y suis parvenu”, a déclaré Dumoulin au journal Het Laatste Nieuws. “Mais c’était douloureux et difficile.”

Cette déclaration sobre cache une réalité bien plus complexe : celle d’un défi physique intense, marqué par des crampes sévères et un effondrement physique en deuxième partie de course.

Une première mi-temps fulgurante suivie d’un mur classique

Le début de course de Tom Dumoulin a été spectaculaire. Le Néerlandais a franchi le semi-marathon en 1h09, un rythme qui le plaçait sur une trajectoire pour un temps final de 2h18. À ce rythme, il courait même dans le même groupe qu’Aynalem Desta, l’Éthiopienne qui allait remporter la course féminine en 2h17:38.

Mais comme pour tant de coureurs avant lui, le marathon s’est révélé impitoyable. Autour du 25e kilomètre, la journée de Dumoulin a commencé à basculer. Ses mollets se sont contractés, son allure a chuté, et il a dû s’arrêter à trois reprises, notamment vers les 25 km et 35 km.

Sur Instagram, il a raconté son expérience avec une humilité caractéristique : “Après m’être arrêté trois fois à cause de crampes et avoir pensé que je ne pourrais pas finir, j’ai réussi à maintenir un rythme juste assez rapide pour finir en dessous de 2h30.”

Les chiffres parlent d’eux-mêmes

Malgré les difficultés, les statistiques de la performance de Dumoulin restent impressionnantes. Il a terminé 116e sur plus de 23 000 participants, avec une allure moyenne de 3:32 par kilomètre (soit environ 5:41 par mile).

La différence entre ses deux mi-temps illustre parfaitement le phénomène du “mur du marathon” :

  • Première moitié : 1h09
  • Seconde moitié : 1h20

“J’ai terminé la première moitié en une heure et neuf minutes et la seconde en une heure et vingt”, a-t-il expliqué. “Mon déclin est énorme. On voit bien que je ne fais pas assez de kilomètres.”

Tom Dumoulin à l'arrivée d'une course

Quand la forme cardiovasculaire ne suffit pas

L’expérience de Tom Dumoulin illustre parfaitement un principe fondamental du sport d’endurance : la capacité cardiovasculaire ne suffit pas à elle seule pour exceller dans une nouvelle discipline.

“Il y a une telle différence entre ce que ma condition physique peut supporter et ce que mes muscles et tendons peuvent encaisser”, a-t-il reconnu.

Son entraînement marathon avait comporté des sorties jusqu’à 34 kilomètres à allure facile, mais cela n’a pas suffi à préparer ses jambes aux impacts répétés de la course à pied. Les cyclistes professionnels possèdent une base aérobie exceptionnelle, mais leurs tissus conjonctifs et leurs structures musculaires doivent s’adapter aux contraintes spécifiques de la course.

Une tendance grandissante : les cyclistes pros se mettent à la course

Tom Dumoulin n’est pas seul dans cette transition. Ces dernières années, de plus en plus de cyclistes professionnels se sont tournés vers la course à pied, que ce soit en intersaison ou après leur retraite :

  • Geraint Thomas a récemment terminé son premier Parkrun
  • Nacer Bouhanni a couru un marathon en 2h34 l’année dernière
  • Lance Armstrong détient un record personnel de 2h46
  • Tadej Pogačar, toujours en activité, a commencé à intégrer la course dans ses blocs d’entraînement

Cette évolution marque un changement profond dans la culture du cyclisme professionnel. Longtemps considérée comme trop risquée ou perturbatrice pour la forme cycliste, la course à pied est désormais activement encouragée par de nombreux entraîneurs d’équipes pour améliorer la santé osseuse, la robustesse générale et apporter une variété mentale.

Le plaisir avant la performance

Au-delà des chiffres et des comparaisons, Tom Dumoulin a insisté sur un aspect essentiel : le plaisir de courir.

“J’aime simplement ça”, a-t-il déclaré. “Sur le vélo, je sais ce que je peux faire et comment gérer mon effort. Avec la course, je le sais aussi en quelque sorte, mais je me laisse plus aller.”

Quant à savoir s’il courra un autre marathon, la réponse reste floue. “Maintenant que c’est fini, le marathon me semble amusant”, a-t-il avoué. “Mais demandez-moi demain et je vous dirai non. Demandez-moi la semaine prochaine, peut-être que je dirai oui à nouveau.”

Une performance qui inspire

Pour l’instant, Tom Dumoulin a bien mérité son repos et peut savourer sa performance. Malgré les crampes et les difficultés, il vient de réaliser un temps de marathon que la plupart des coureurs à vie passent des années à poursuivre.

Son chrono de 2h29:21 démontre que les athlètes d’endurance de haut niveau possèdent une capacité d’adaptation remarquable. Avec un entraînement spécifique marathon et une préparation musculaire adaptée, il est probable que Dumoulin pourrait encore améliorer significativement ce temps.

Cette première expérience marathon de l’ancien champion du Giro d’Italia rappelle également que le passage d’une discipline d’endurance à une autre nécessite bien plus qu’une simple base cardiovasculaire solide. La spécificité de l’entraînement, l’adaptation musculo-tendineuse et la gestion d’effort restent des éléments déterminants pour réussir sur 42,195 kilomètres.