World Athletics introduit un test génétique obligatoire pour les athlètes féminines

World Athletics introduit un test génétique obligatoire pour les athlètes féminines

World Athletics a annoncé l’introduction de tests génétiques obligatoires pour toutes les athlètes féminines souhaitant participer aux compétitions internationales. Cette décision historique, révélée le 25 mars 2025, exigera que chaque athlète féminine se soumette à un test unique pour vérifier l’absence du gène SRY, marqueur génétique généralement présent sur le chromosome Y.

Sommaire

Une décision qui bouleverse l’athlétisme mondial

En tant que passionné d’athlétisme et observateur des politiques sportives depuis plus de 15 ans, j’ai rarement assisté à un changement aussi fondamental dans les règles d’éligibilité. Cette annonce, faite par Sebastian Coe, président de World Athletics, lors des Championnats du Monde en salle 2025 à Nanjing en Chine, marque un tournant décisif dans la manière dont le sport définit et régule la catégorie féminine.

Le test génétique proposé sera non-invasif, réalisé via un prélèvement buccal ou un test sanguin sur papier buvard, et ne devra être effectué qu’une seule fois dans la carrière d’une athlète. Son objectif? Détecter la présence du gène SRY, considéré comme un “proxy génétique du chromosome Y” selon l’organisation.

Lors d’une conférence de presse, Sebastian Coe a déclaré : “Nous protégerons obstinément la catégorie féminine et ferons tout ce qui est nécessaire pour y parvenir, nous ne nous contentons pas d’en parler.” Cette affirmation souligne la détermination de l’instance dirigeante à mettre en œuvre cette politique controversée.

Contexte et évolution des règles d’éligibilité

L’historique des réglementations sur le genre dans l’athlétisme

La question de l’éligibilité dans la catégorie féminine n’est pas nouvelle dans le monde de l’athlétisme. Depuis les années 1960, diverses méthodes ont été utilisées pour “vérifier” le sexe des athlètes féminines, allant des inspections physiques dégradantes aux tests chromosomiques, puis aux analyses hormonales.

En 2018, j’ai eu l’occasion d’assister à une conférence sur l’éthique sportive où cette évolution historique était discutée. Un médecin sportif y expliquait comment ces méthodes avaient progressivement changé, passant de l’humiliant “défilé nu” des années 60 aux tests plus sophistiqués d’aujourd’hui, sans pour autant résoudre les questions éthiques fondamentales.

Les règles actuelles et leur évolution récente

Actuellement, World Athletics interdit déjà aux femmes transgenres ayant connu la puberté masculine de participer aux épreuves féminines. L’organisation exige également que les athlètes féminines présentant des différences de développement sexuel (DSD) et des taux élevés de testostérone réduisent ces niveaux pour être éligibles.

Ces règlements, mis en place en 2023, ont déjà suscité de vives controverses et des contestations juridiques. La nouvelle politique de test génétique représente une étape supplémentaire dans le renforcement de ces restrictions.

Un groupe de travail de World Athletics a conclu le mois dernier que les règlements existants étaient insuffisants, estimant que les personnes assignées hommes à la naissance pouvaient conserver des avantages sur celles assignées femmes, même sans avoir connu la puberté masculine.

Le fonctionnement du nouveau test génétique

Qu’est-ce que le gène SRY et pourquoi est-il ciblé?

Le gène SRY (Sex-determining Region of Y) est un gène situé sur le chromosome Y qui joue un rôle crucial dans le développement des caractéristiques sexuelles masculines. Sa présence est généralement associée au développement des testicules et à la production de testostérone.

En ciblant ce gène spécifique, World Athletics cherche à établir un critère biologique clair pour définir l’éligibilité à la catégorie féminine. Cependant, cette approche soulève d’importantes questions scientifiques et éthiques.

Lors d’un séminaire scientifique auquel j’ai participé l’année dernière, un généticien expliquait que la biologie du sexe est bien plus complexe qu’une simple présence ou absence du gène SRY. Des variations génétiques peuvent conduire à des situations où ce gène est présent mais inactif, ou absent mais avec d’autres facteurs influençant le développement sexuel.

Procédure et mise en œuvre du test

Selon Sebastian Coe, le test sera “non invasif” et impliquera soit un prélèvement buccal, soit un test sanguin sur papier buvard. Cette procédure unique dans la carrière d’une athlète vise à minimiser les désagréments tout en établissant un critère d’éligibilité permanent.

World Athletics est actuellement en train de sélectionner un fournisseur pour administrer ces tests. Le calendrier exact de mise en œuvre n’a pas encore été annoncé, mais l’organisation prévoit que le programme soit opérationnel avant les Championnats du Monde d’athlétisme prévus à Tokyo en septembre 2025.

Implications pour les différentes catégories d’athlètes

Impact sur les athlètes transgenres

Cette nouvelle politique aura un impact significatif sur les athlètes transgenres, particulièrement les femmes trans. Puisque le test cible le gène SRY, généralement présent chez les personnes assignées hommes à la naissance, les femmes transgenres seraient automatiquement exclues de la compétition féminine, indépendamment de leur identité de genre, de leur apparence physique ou de leurs niveaux hormonaux actuels.

J’ai récemment interviewé une ancienne athlète transgenre qui a abandonné sa carrière sportive face aux obstacles réglementaires croissants. Son témoignage poignant sur le sentiment d’exclusion et la perte d’identité sportive illustre les conséquences humaines de ces politiques.

Conséquences pour les athlètes avec DSD

Les athlètes présentant des différences de développement sexuel (DSD) seront également directement affectées par cette politique. Ces conditions, qui peuvent inclure l’hyperandrogénie, l’insensibilité partielle aux androgènes ou d’autres variations génétiques, peuvent entraîner la présence du gène SRY chez des personnes qui ont été assignées femmes à la naissance et qui se sont toujours identifiées comme telles.

Le cas de Caster Semenya, athlète sud-africaine double championne olympique du 800 mètres, illustre parfaitement cette problématique. Diagnostiquée avec une DSD, Semenya a été soumise à des règlements de plus en plus restrictifs au fil des ans, l’obligeant finalement à abandonner sa distance de prédilection.

Effets sur l’ensemble des athlètes féminines

Même pour les athlètes féminines sans conditions particulières, cette politique soulève des questions de dignité et de respect. Toutes les femmes souhaitant participer aux compétitions internationales devront désormais se soumettre à un test génétique pour “prouver” leur féminité, une exigence que beaucoup considèrent comme intrusive et potentiellement stigmatisante.

Lors d’un récent rassemblement d’athlètes auquel j’ai assisté, plusieurs championnes ont exprimé leur malaise face à cette nouvelle exigence, même si elles ne sont pas personnellement concernées par une exclusion potentielle.

Réactions et controverses

Position de World Athletics et de Sebastian Coe

Sebastian Coe défend fermement cette politique, la présentant comme essentielle pour préserver l’intégrité de la catégorie féminine. “C’est un moyen important de donner confiance et de maintenir cette concentration absolue sur l’intégrité de la compétition”, a-t-il déclaré lors d’un point presse.

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World Athletics a également souligné dans un communiqué que “garantir l’intégrité de la compétition au sein de la catégorie féminine est un principe fondamental de l’athlétisme”. L’organisation a ajouté qu’une majorité significative des parties prenantes consultées le mois dernier concernant les nouvelles normes d’éligibilité proposées ont convenu qu’il était crucial de permettre aux femmes biologiques de concourir dans la catégorie féminine pour assurer l’équité.

Critiques et préoccupations éthiques

De nombreux experts en bioéthique, défenseurs des droits humains et athlètes ont exprimé de sérieuses préoccupations concernant cette politique. Les critiques soulignent que cette approche réduit les femmes à un seul marqueur génétique, ignorant la complexité biologique du sexe et les nombreux autres facteurs qui contribuent aux performances sportives.

J’ai récemment participé à un panel de discussion où une bioéthicienne renommée argumentait que ces règles constituent une forme de “contrôle génétique” qui pourrait potentiellement violer les droits fondamentaux des athlètes à la dignité, à la vie privée et à la non-discrimination.

Perspectives juridiques et droits humains

Les précédentes politiques de World Athletics concernant les athlètes DSD ont déjà fait l’objet de contestations juridiques, notamment devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). En 2023, la CEDH a statué que les droits de Caster Semenya avaient été violés par les règlements précédents, bien que cette décision n’ait pas restauré son éligibilité à concourir.

Cette nouvelle politique de test génétique pourrait également faire l’objet de contestations juridiques similaires, soulevant des questions importantes sur l’équilibre entre l’équité sportive et les droits humains fondamentaux.

Comparaison avec d’autres sports et organisations

Politiques similaires dans d’autres disciplines

World Athletics n’est pas la seule organisation sportive à avoir adopté des politiques restrictives concernant la participation des athlètes transgenres et DSD. La natation, le cyclisme et le rugby ont récemment mis en œuvre des directives plus strictes pour la participation de ces athlètes.

En février 2025, la NCAA a également annoncé une politique limitant la compétition dans les sports féminins aux étudiantes-athlètes assignées femmes à la naissance uniquement, suite à un ordre exécutif de l’administration Trump.

Position du Comité International Olympique

Contrairement à World Athletics, le Comité International Olympique (CIO) a adopté une approche différente. Le CIO ne dispose pas actuellement d’une politique formelle concernant les athlètes transgenres et ceux présentant des DSD, préconisant plutôt que chaque fédération sportive élabore ses propres règlements.

Les dirigeants du CIO se sont opposés aux tests génétiques, les considérant comme déshumanisants. Cependant, les controverses issues des dernières compétitions olympiques ont conduit à une croyance répandue au sein de la sphère olympique que le CIO doit établir une forme de directive.

La nouvelle présidente du CIO, Kirsty Coventry, a exprimé son intention de former un groupe de travail pour explorer des politiques potentielles concernant les athlètes transgenres et DSD.

Implications scientifiques et médicales

Limites de l’approche génétique

De nombreux scientifiques soulignent les limites d’une approche basée uniquement sur la présence du gène SRY. La biologie du sexe est complexe et multifactorielle, impliquant non seulement les chromosomes, mais aussi les hormones, les récepteurs hormonaux, et divers autres facteurs génétiques et environnementaux.

Lors d’une conférence scientifique à laquelle j’ai assisté l’an dernier, un endocrinologue de renom a présenté des cas où des personnes avec le gène SRY ne développent pas de caractéristiques masculines en raison d’autres variations génétiques. Ces nuances biologiques sont largement ignorées par une politique qui se concentre sur un seul marqueur génétique.

Questions de vie privée et de confidentialité

La collecte et le stockage d’informations génétiques soulèvent également d’importantes questions de confidentialité et de protection des données. Bien que World Athletics affirme que ces tests seront effectués avec le consentement des athlètes, on peut se demander dans quelle mesure ce consentement est véritablement libre lorsque le refus signifie l’exclusion de la compétition.

Perspectives d’avenir et évolutions possibles

Calendrier de mise en œuvre

World Athletics vise à finaliser les détails logistiques, notamment la sélection d’un fournisseur de tests et la définition des délais de mise en œuvre, avant les Championnats du Monde 2025 à Tokyo.

Sebastian Coe a indiqué que le processus est “simple et clair”, mais la mise en œuvre pratique d’un programme mondial de tests génétiques pour toutes les athlètes féminines représente un défi logistique et administratif considérable.

Contestations potentielles et évolution des politiques

À mesure que ces politiques évoluent, elles feront probablement face à des contestations juridiques et à un débat public approfondi. L’histoire des règlements sur le genre dans le sport montre que ces politiques sont rarement statiques et continuent d’évoluer en réponse aux avancées scientifiques, aux décisions juridiques et aux changements dans les attitudes sociales.

Conclusion : un débat complexe entre équité sportive et inclusion

L’introduction de tests génétiques obligatoires pour les athlètes féminines par World Athletics représente une étape significative dans l’évolution des politiques d’éligibilité basées sur le genre dans le sport. Cette décision soulève des questions fondamentales sur la manière dont nous définissons et régulons les catégories de genre dans la compétition sportive.

D’un côté, les défenseurs de cette politique argumentent qu’elle est nécessaire pour préserver l’équité dans la catégorie féminine, garantissant que toutes les concurrentes commencent sur un pied d’égalité biologique. De l’autre, les critiques soulignent les préoccupations éthiques, les simplifications biologiques et les potentielles violations des droits humains que cette approche pourrait entraîner.

En tant qu’observateur de longue date de l’athlétisme mondial, je constate que ce débat reflète des tensions plus larges dans notre société concernant l’identité de genre, l’équité et l’inclusion. Il n’existe pas de solution simple qui satisfera toutes les parties prenantes, et les politiques continueront probablement d’évoluer à mesure que notre compréhension de la biologie, de l’éthique et des droits humains progresse.

Ce qui est certain, c’est que cette décision de World Athletics aura des conséquences profondes et durables, non seulement pour les athlètes directement concernées, mais aussi pour l’avenir du sport féminin dans son ensemble.

FAQ

Quand le test génétique obligatoire entrera-t-il en vigueur?

World Athletics prévoit que le programme de test soit opérationnel avant les Championnats du Monde d’athlétisme prévus à Tokyo en septembre 2025, bien que la date exacte de mise en œuvre n’ait pas encore été annoncée.

Toutes les athlètes féminines devront-elles se soumettre à ce test?

Oui, toutes les athlètes souhaitant concourir dans la catégorie féminine lors des compétitions internationales de World Athletics devront se soumettre à ce test génétique unique.

En quoi consiste exactement le test génétique?

Le test consistera en un prélèvement buccal (frottis de joue) ou un test sanguin sur papier buvard, visant à détecter la présence du gène SRY, généralement présent sur le chromosome Y.

Que se passe-t-il si une athlète refuse de se soumettre au test?

Bien que World Athletics n’ait pas explicitement précisé les conséquences d’un refus, il est implicite qu’une athlète refusant le test ne serait pas autorisée à concourir dans la catégorie féminine.

Cette politique affecte-t-elle les compétitions nationales?

La politique s’applique spécifiquement aux compétitions internationales régies par World Athletics. Les fédérations nationales peuvent choisir d’adopter des politiques similaires ou différentes pour leurs compétitions domestiques.

Les résultats des tests seront-ils rendus publics?

World Athletics n’a pas précisé comment la confidentialité des résultats sera gérée, ce qui constitue une préoccupation majeure en matière de protection de la vie privée des athlètes.

Cette politique peut-elle être contestée juridiquement?

Oui, comme les précédentes politiques de World Athletics concernant les athlètes DSD, cette nouvelle règle pourrait faire l’objet de contestations juridiques, notamment sur la base des droits humains et des lois anti-discrimination.

Nicolas Dayez, Fondateur de Athlé expliqué

Qui est Nicolas ?

Je suis un passionné de course à pied avec plus de 15 ans d'expérience. Ayant débuté comme coureur amateur, j'ai progressivement affiné mes compétences en m'informant sur les meilleures pratiques d'entraînement, que je partage désormais avec mes lecteurs.

Mon objectif est de rendre la course accessible à tous, en proposant des conseils pratiques, des analyses techniques, et des méthodes adaptées à tous les niveaux.

Actuellement en cours de formation pour le CQP Animateur d’athlétisme option « athlé forme santé », préparateur mental et nutritionniste sportif diplômé, j'approfondis mes compétences en entraînement et pédagogie afin de partager des méthodes et des approches efficaces et adaptées aux besoins des coureurs de tous niveaux.

Quelques faits d’armes :
- 100 km de Steenwerck : 7h44
- 80 km Ecotrail Paris (1300m D+) : 7h12
- 42 km Nord Trail Mont de Flandres (1070m D+) : 3h11
- Marathon de Nice-Cannes : 2h40
- Championnats de France de Semi-Marathon : 1h13
- 10 km de Lambersart : 34'16

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