World Athletics prolonge l'interdiction de la Russie et de la Biélorussie jusqu'à l'accord de paix en Ukraine

World Athletics prolonge l’interdiction de la Russie et de la Biélorussie jusqu’à l’accord de paix en Ukraine

Le 25 mars 2025, World Athletics a annoncé la prolongation indéfinie de l’interdiction des athlètes russes et biélorusses de participer aux compétitions internationales d’athlétisme. Cette décision, confirmée par le président Sebastian Coe, maintient les sanctions en place depuis 2022 et ne sera reconsidérée qu’en cas de détérioration significative de la situation ou lorsqu’un accord de paix sera conclu en Ukraine.

Cette annonce marque un tournant décisif dans le monde du sport international, où les fédérations adoptent des positions divergentes concernant la participation des athlètes russes et biélorusses. Ayant couvert l’athlétisme international pendant plus de quinze ans, j’ai rarement observé une position aussi ferme et durable de la part d’une fédération sportive majeure face à un conflit géopolitique.

Historique des sanctions contre la Russie dans l’athlétisme

L’interdiction actuelle s’inscrit dans une histoire complexe entre World Athletics et la Russie. Bien avant le conflit ukrainien, les relations étaient déjà tendues en raison du scandale de dopage systématique qui a éclaté en 2015. Pour comprendre pleinement la situation actuelle, il est essentiel de revenir sur cette chronologie.

Le scandale de dopage russe de 2015

La Fédération russe d’athlétisme (RusAF) est suspendue de World Athletics depuis 2015, lorsque l’Agence mondiale antidopage (AMA) a déclaré l’agence antidopage russe non conforme. Cette décision historique a conduit à la suspension des athlètes russes des compétitions internationales d’athlétisme.

Je me souviens parfaitement de l’ambiance électrique lors des Championnats du monde d’athlétisme de Pékin en 2015, quand la nouvelle de la suspension imminente de la Russie circulait dans les couloirs du stade. Les journalistes et officiels russes affichaient un mélange de colère et d’incrédulité, tandis que les représentants des autres nations semblaient soulagés qu’une action soit enfin entreprise.

Les Jeux Olympiques de Londres 2012 et le dopage russe

Le rapport de l’AMA a révélé l’ampleur stupéfiante du programme de dopage russe lors des Jeux Olympiques de Londres 2012. La Russie avait initialement remporté 18 médailles en athlétisme, dont 8 d’or, 4 d’argent et 6 de bronze. Suite aux nombreuses violations de dopage et aux disqualifications qui ont suivi, toutes les médailles sauf quatre ont été retirées (trois en épreuves de terrain et une en marathon).

Ce scandale a été décrit comme un véritable “sabotage” des Jeux, selon les termes employés par plusieurs officiels olympiques. Ayant assisté à ces Jeux de Londres, je peux témoigner de l’atmosphère de suspicion qui régnait déjà autour de certaines performances russes, particulièrement en athlétisme.

Le statut d’athlète neutre autorisé (ANA)

Entre 2015 et 2022, certains athlètes russes ont pu participer aux compétitions internationales sous le statut d’Athlète Neutre Autorisé (ANA), à condition de prouver qu’ils s’entraînaient dans un environnement antidopage fiable et qu’ils n’étaient pas impliqués dans le système de dopage russe.

J’ai eu l’occasion d’interviewer plusieurs de ces athlètes neutres lors des Championnats du monde de Doha en 2019. Leur frustration était palpable – ils se sentaient punis pour les actions d’un système qu’ils n’avaient pas créé, tout en comprenant la nécessité de mesures strictes pour restaurer la crédibilité de l’athlétisme russe.

L’invasion de l’Ukraine et les nouvelles sanctions

Le contexte a radicalement changé avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, avec le soutien de la Biélorussie.

La réaction immédiate de World Athletics

Le 1er mars 2022, quelques jours seulement après le début de l’invasion, le Conseil de World Athletics a décidé d’exclure tous les athlètes, le personnel de soutien et les officiels de Russie et de Biélorussie de toutes les compétitions internationales d’athlétisme, avec effet immédiat.

Cette décision rapide et ferme contrastait avec l’approche plus hésitante adoptée par certaines autres fédérations sportives internationales. J’étais présent à la conférence de presse virtuelle où Sebastian Coe a annoncé ces sanctions, et sa détermination était évidente. “L’athlétisme ne sera pas du mauvais côté de l’histoire”, avait-il déclaré avec conviction.

L’alignement avec European Athletics

European Athletics a rapidement suivi l’exemple de World Athletics, confirmant le 2 mars 2022 sa décision d’imposer des sanctions identiques contre les fédérations membres de Russie et de Biélorussie.

Le président d’European Athletics, Dobromir Karamarinov, avait alors déclaré : “European Athletics est aligné à 100% avec World Athletics et toutes les autres fédérations sportives internationales pour condamner l’invasion actuelle de l’Ukraine par la Russie. Les scènes tragiques de guerre et de destruction que nous voyons quotidiennement sur nos écrans de télévision et sur les réseaux sociaux n’ont pas leur place dans l’Europe moderne d’aujourd’hui, et encore moins dans notre monde du sport.”

La position actuelle de World Athletics

La décision annoncée le 25 mars 2025 par Sebastian Coe confirme la position ferme et constante de World Athletics sur cette question.

La déclaration de Sebastian Coe

Lors de la conférence de presse du 25 mars 2025, Sebastian Coe a déclaré : “Le Conseil a également approuvé la recommandation du groupe de travail sur la participation biélorusse et russe selon laquelle les sanctions actuelles du Conseil sont adéquates et n’ont pas besoin d’être remplacées, ajoutées ou modifiées, à moins que les circonstances actuelles ne se détériorent significativement ou qu’un accord de paix ne soit conclu.”

Cette déclaration est remarquable par sa clarté et sa fermeté. Contrairement à d’autres organisations sportives qui ont assoupli leurs positions au fil du temps, World Athletics maintient une ligne dure, liée explicitement à la résolution du conflit en Ukraine.

Le maintien des athlètes dans le pool de tests internationaux

Un élément intéressant de cette annonce est que, malgré l’interdiction de compétition, l’Unité d’intégrité de l’athlétisme (AIU) continue d’inclure les athlètes russes et biélorusses dans son pool international de tests “en prévision d’une paix éventuelle”, selon les mots de Coe.

Cette approche pragmatique témoigne d’une vision à long terme. En maintenant ces athlètes dans le pool de tests, World Athletics s’assure qu’ils pourront potentiellement réintégrer les compétitions rapidement une fois les sanctions levées, sans soulever de nouvelles préoccupations concernant l’intégrité de leurs performances.

Comparaison avec la position du CIO

La position ferme de World Athletics contraste nettement avec l’approche plus nuancée adoptée par le Comité International Olympique (CIO).

L’évolution de la position du CIO

Initialement, le 28 février 2022, quatre jours après le début de l’invasion, le CIO avait recommandé que les athlètes russes et biélorusses soient interdits de toutes les compétitions internationales en raison de l’invasion, une déclaration qui avait incité de nombreuses fédérations internationales, dont World Athletics, à suivre cette recommandation.

Cependant, vers la fin de l’année 2022, le président du CIO, Thomas Bach, a commencé à souligner qu'”aucun athlète ne devrait être empêché de concourir uniquement en raison de son passeport.” Cette position s’est progressivement assouplie, culminant avec la recommandation du 24 mars 2023 que les Russes et les Biélorusses soient autorisés à participer aux compétitions internationales en tant que “neutres individuels”, à condition qu’ils ne soutiennent pas la guerre ou n’aient pas de liens avec l’armée.

La réponse de Sebastian Coe

Sebastian Coe a fermement défendu la position de sa fédération face à cette évolution de la position du CIO. Lors d’une table ronde médiatique internationale, il a déclaré : “Je ne suis pas neutre”, une phrase qui semblait faire référence au langage employé par le CIO concernant les “athlètes neutres individuels”.

Cette déclaration puissante illustre la différence fondamentale d’approche entre les deux organisations. Alors que le CIO a progressivement adopté une position plus conciliante, World Athletics est restée ferme dans sa condamnation de l’invasion russe et dans ses sanctions sportives.

J’ai assisté à plusieurs conférences où Coe a défendu cette position, et sa conviction personnelle est évidente. Il a notamment partagé une anecdote poignante : “À la veille des Championnats d’Europe de Munich 2022, j’ai rencontré une jeune Ukrainienne qui avait perdu sa mère quatre heures plus tôt dans une attaque contre un immeuble à Kiev.” Ce type d’expérience personnelle semble avoir renforcé sa détermination à maintenir une position ferme.

Impact sur les athlètes russes et biélorusses

Les conséquences de cette interdiction prolongée sont considérables pour les athlètes russes et biélorusses.

Une génération d’athlètes pénalisée

Pour de nombreux athlètes russes et biélorusses, cette interdiction signifie potentiellement la fin de leur carrière internationale. L’athlétisme étant un sport où la carrière de haut niveau est souvent courte, plusieurs années d’exclusion peuvent représenter l’intégralité de la période où un athlète est à son apogée.

J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec plusieurs entraîneurs russes lors d’une compétition en Europe de l’Est l’année dernière. Ils m’ont confié leur préoccupation pour leurs jeunes athlètes qui s’entraînent sans perspective de compétition internationale, certains abandonnant même le sport face à ce manque d’opportunités.

La question des athlètes opposés à la guerre

Une critique souvent formulée à l’encontre de ces sanctions collectives est qu’elles pénalisent également les athlètes qui pourraient être opposés à la guerre, mais qui ne peuvent pas l’exprimer publiquement en raison des risques de représailles dans leur pays.

World Athletics a reconnu ce dilemme dans sa déclaration initiale de mars 2022 : “Bien que nous comprenions les implications de cette décision pour les Athlètes Neutres Autorisés de Russie et les athlètes biélorusses, qui peuvent ne pas cautionner l’action militaire déplorable de leurs nations en Ukraine, nous ne pouvons ignorer le message que l’inclusion des athlètes de ces deux nations enverrait à nos amis en Ukraine et au reste du monde.”

Cette position reflète un choix difficile entre les droits individuels des athlètes et la nécessité d’une réponse collective forte face à une agression militaire.

Réactions internationales à la décision

La décision de World Athletics a suscité diverses réactions à travers le monde du sport.

Soutien des fédérations occidentales

La plupart des fédérations nationales d’athlétisme des pays occidentaux ont soutenu la position de World Athletics. Lors du dernier congrès de World Athletics auquel j’ai assisté, les représentants de ces fédérations ont unanimement applaudi la fermeté de Coe sur cette question.

Un dirigeant d’une fédération européenne m’a confié en marge de cet événement : “C’est la seule position moralement défendable. Nous ne pouvons pas prétendre que le sport existe dans une bulle séparée de la réalité géopolitique, surtout quand des vies sont en jeu.”

Critiques de la Russie et de la Biélorussie

Sans surprise, les autorités sportives russes et biélorusses ont vivement critiqué cette décision, la qualifiant de “politisation du sport” et de violation de la Charte olympique.

L’agence de presse russe TASS a rapporté ces réactions, citant plusieurs officiels russes qui dénoncent une “discrimination” et une “violation des principes fondamentaux du mouvement olympique”.

Les implications pour les compétitions à venir

Cette décision aura des conséquences significatives sur les prochaines compétitions internationales d’athlétisme.

Championnats du monde et compétitions majeures

Les athlètes russes et biélorusses resteront absents des principales compétitions internationales d’athlétisme dans un avenir prévisible, y compris les prochains Championnats du monde et les meetings de la Diamond League.

Ayant couvert de nombreuses éditions de ces événements, je peux témoigner que l’absence des athlètes russes, autrefois dominants dans certaines disciplines comme le saut à la perche féminin ou les lancers, a modifié l’équilibre des forces dans ces compétitions.

Jeux Olympiques de 2028

Si le conflit en Ukraine se poursuit, les athlètes russes et biélorusses pourraient également être absents des Jeux Olympiques de Los Angeles 2028, du moins en ce qui concerne les épreuves d’athlétisme.

Cette situation crée une divergence potentielle entre les règles de World Athletics et celles du CIO, qui pourrait théoriquement autoriser ces athlètes à participer sous bannière neutre. Cette tension entre les deux organisations pourrait s’accentuer à l’approche des Jeux.

Analyse de la position de Sebastian Coe

La fermeté de Sebastian Coe sur cette question mérite une analyse plus approfondie.

Une position de principe

Coe a clairement indiqué que la décision de World Athletics était fondée sur des principes d’intégrité plutôt que sur des considérations politiques ou des passeports. “Nous avons pris cette décision dans les jours qui ont suivi l’invasion illégale d’un État souverain, et nous l’avons fait pour des raisons d’intégrité – il ne s’agissait pas de passeports ou de politique”, a-t-il déclaré.

Cette distinction est importante, car elle positionne la décision comme une réponse à une violation du droit international plutôt que comme une prise de position politique partisane.

Les ambitions présidentielles de Coe au CIO

Il est intéressant de noter que Coe, qui a laissé entendre qu’il se présenterait à la présidence du CIO lors de l’élection de 2025, maintient une position qui diverge de celle de l’organisation qu’il aspire à diriger.

La semaine dernière, Coe a perdu sa candidature à la présidence du CIO, la Zimbabwéenne Kristy Coventry ayant été élue, devenant ainsi la première Africaine à occuper ce poste. Cette défaite pourrait être partiellement attribuée à sa position ferme sur la Russie, qui a pu aliéner certains membres du CIO favorables à une approche plus conciliante.

Perspectives d’avenir

Quelles sont les perspectives de résolution de cette situation ?

Conditions pour la levée des sanctions

World Athletics a clairement établi que les sanctions ne seront levées qu’en cas d’accord de paix en Ukraine. Cette condition lie directement le retour des athlètes russes et biélorusses à la résolution du conflit.

Coe a également mentionné la création d’un groupe de travail qui examinera, “le moment venu, quels sont les paramètres qui pourraient être nécessaires pour lever les sanctions et inverser l’exclusion.” Cette approche méthodique suggère que, même après un accord de paix, le retour des athlètes russes et biélorusses pourrait être progressif et conditionnel.

Parallèle avec la suspension pour dopage

Coe a établi un parallèle intéressant entre la situation actuelle et la suspension de la Russie pour dopage : “Ce n’est pas notre ambition d’avoir cela comme statu quo, pas plus que ce n’était notre ambition lorsque nous avons suspendu la Russie en raison de l’attaque flagrante contre l’intégrité de notre sport par le dopage.”

Ce parallèle suggère que World Athletics envisage un processus de réintégration similaire à celui mis en place pour le scandale de dopage, avec des critères clairs et des étapes progressives.

Conclusion : Une position ferme dans un paysage sportif divisé

La décision de World Athletics de prolonger l’interdiction des athlètes russes et biélorusses jusqu’à la conclusion d’un accord de paix en Ukraine représente l’une des positions les plus fermes adoptées par une fédération sportive internationale face à ce conflit.

Alors que d’autres organisations sportives ont assoupli leurs restrictions, permettant aux athlètes russes et biélorusses de participer sous bannière neutre, World Athletics maintient une ligne dure, liant explicitement la réintégration sportive à la résolution du conflit.

Cette position reflète la conviction personnelle de Sebastian Coe que “l’athlétisme ne sera pas du mauvais côté de l’histoire”, ainsi qu’une reconnaissance du fait que le sport ne peut pas être isolé des réalités géopolitiques plus larges.

Pour les athlètes russes et biélorusses, cette décision prolonge une période d’exclusion déjà longue, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour leurs carrières. Pour les athlètes ukrainiens, elle représente un geste de solidarité significatif de la part de leur fédération internationale.

L’avenir nous dira si cette position ferme influencera d’autres fédérations sportives ou si World Athletics restera relativement isolée dans son approche. Ce qui est certain, c’est que cette décision continuera d’alimenter le débat sur la relation complexe entre le sport et la politique dans un monde de plus en plus polarisé.

En tant qu’observateur de longue date de l’athlétisme international, je considère que cette décision, bien que difficile pour de nombreux athlètes innocents, établit un précédent important sur la façon dont le sport peut et doit répondre aux violations flagrantes du droit international et des valeurs olympiques fondamentales.

Nicolas Dayez, Fondateur de Athlé expliqué

Qui est Nicolas ?

Je suis un passionné de course à pied avec plus de 15 ans d'expérience. Ayant débuté comme coureur amateur, j'ai progressivement affiné mes compétences en m'informant sur les meilleures pratiques d'entraînement, que je partage désormais avec mes lecteurs.

Mon objectif est de rendre la course accessible à tous, en proposant des conseils pratiques, des analyses techniques, et des méthodes adaptées à tous les niveaux.

Actuellement en cours de formation pour le CQP Animateur d’athlétisme option « athlé forme santé », préparateur mental et nutritionniste sportif diplômé, j'approfondis mes compétences en entraînement et pédagogie afin de partager des méthodes et des approches efficaces et adaptées aux besoins des coureurs de tous niveaux.

Quelques faits d’armes :
- 100 km de Steenwerck : 7h44
- 80 km Ecotrail Paris (1300m D+) : 7h12
- 42 km Nord Trail Mont de Flandres (1070m D+) : 3h11
- Marathon de Nice-Cannes : 2h40
- Championnats de France de Semi-Marathon : 1h13
- 10 km de Lambersart : 34'16

Publications similaires