À 81 ans, il bat un record du monde de 50 km : la science révèle son secret surprenant pour défier la vieillesse

À 81 ans, il bat un record du monde de 50 km : la science révèle son secret surprenant pour défier la vieillesse

Le récit du “déclin inévitable” est omniprésent pour chaque coureur qui prend de l’âge. La VO2 max chute, les seuils reculent, la récupération devient plus lente, et à un certain moment, on essaie simplement de préserver ce qu’il reste. Pour la plupart d’entre nous, c’est une réalité biologique… du moins, c’est ce que nous pensions.

De temps en temps, un point de donnée apparaît et nous oblige à remettre en question notre vision de la courbe du vieillissement. Une étude de cas physiologique profonde vient de bousculer ces certitudes. Elle concerne un coureur espagnol de 81 ans qui n’a même pas commencé à courir avant l’âge de 66 ans, a débuté la compétition à 70 ans, et est devenu, en une décennie et demie, l’athlète master ultime.

En mai dernier, il a établi le record du monde des plus de 80 ans sur 50 km en 4h47min39sec. Cela représente une allure de 5:44 au kilomètre pendant près de cinq heures, à un âge où beaucoup considèrent monter un escalier comme un exploit. Plus impressionnant encore : il a battu le précédent record de 49 minutes.

Mais au-delà de la performance brute, les chercheurs ont voulu comprendre : qu’est-ce qui limite réellement l’endurance avec l’âge ? Est-ce le cœur ? Les poumons ? Le sang ? Les muscles ? La réponse est à la fois surprenante et porteuse d’un immense espoir pour nous tous.


En résumé : Ce qu’il faut retenir

Si vous n’avez que quelques minutes, voici les points clés de cette étude de cas exceptionnelle :

  • Le déclin n’est pas une fatalité : Cet athlète possède une VO2 max de 52,8 mL/kg/min à 81 ans, une valeur supérieure à celle de nombreux trentenaires sédentaires.
  • Le secret est dans le muscle : Alors que la capacité cardiaque diminue inévitablement avec l’âge, ce recordman compense par une extraction d’oxygène musculaire phénoménale. Ses muscles “pompent” l’oxygène du sang avec une efficacité de jeune homme.
  • Le seuil lactate est la clé : Il est capable de courir à 91 % de sa VO2 max pendant des heures, une intensité que même des athlètes élites plus jeunes ont du mal à maintenir.
  • L’entraînement tardif fonctionne : Ayant commencé à 66 ans, il prouve que les adaptations métaboliques et mitochondriales sont possibles même en commençant sur le tard.
  • La recette du succès : Un volume hebdomadaire constant (environ 65-120 km), une majorité de courses en endurance fondamentale, et un travail spécifique proche de l’allure de course.

Une réflexion personnelle sur le temps qui passe

Avant de plonger dans les chiffres, permettez-moi de partager une petite anecdote. Il y a quelques années, lors d’un trail en montagne, je me suis fait doubler dans une ascension technique par un homme dont les cheveux blancs trahissaient l’expérience. J’avais 30 ans, je m’entraînais cinq fois par semaine, et pourtant, je n’arrivais pas à suivre son rythme régulier, presque métronomique.

À l’arrivée, nous avons discuté. Il m’a dit : “Le secret, ce n’est pas d’essayer de rester jeune, c’est d’apprendre à ses muscles à ne jamais gaspiller ce que le cœur leur donne.” À l’époque, je pensais que c’était une jolie phrase de “vieux sage”. Aujourd’hui, en lisant les résultats de cette étude sur ce recordman de 81 ans, je comprends que c’était une réalité physiologique. Ce n’est pas le moteur (le cœur) qui fait toute la différence après 70 ans, c’est l’efficacité des ouvriers (les mitochondries dans les muscles).


L’Audit Physiologique : Un Système Sous la Loupe

Environ deux semaines après son record du monde, l’athlète s’est rendu en laboratoire pour une batterie de tests complets. Les chercheurs ont effectué un véritable “audit des systèmes” pour cartographier la cascade d’oxygène : le chemin que parcourt l’oxygène de l’air jusqu’aux cellules musculaires.

Le Profil Physique

L’athlète mesure 1,57 m pour 58,9 kg. Son IMC est de 23,9, avec une masse grasse d’environ 19,5 %. Ce qui frappe immédiatement, c’est sa masse maigre (muscle) très importante pour son âge. Il possède également un taux d’hémoglobine élevé. C’est fondamental : l’hémoglobine est le transporteur d’oxygène dans le sang. Si le débit cardiaque diminue avec l’âge (ce qui est normal), avoir plus d’hémoglobine permet de transporter plus d’oxygène par litre de sang pompé.

La VO2 Max et le Seuil Lactate

Sur tapis roulant, sa VO2 max a été mesurée à 52,8 mL/kg/min. Pour un octogénaire, c’est une catégorie à part. Les auteurs de l’étude affirment qu’il s’agit de la valeur la plus élevée jamais rapportée pour une personne de plus de 80 ans.

Son seuil lactate (le moment où l’acide lactique commence à s’accumuler de manière exponentielle) survient à 10,5 km/h. C’est exactement sa vitesse moyenne lors de son record du monde sur 50 km. Plus impressionnant encore : ce seuil se situe à 91 % de sa VO2 max. Chez des coureurs plus jeunes et bien entraînés, ce seuil se situe généralement entre 75 et 85 %. Cela signifie qu’il peut utiliser la quasi-totalité de son réservoir de puissance sans “exploser”.

L’Oxydation des Graisses (Lipolyse)

Son oxydation maximale des graisses (MFO) est de 0,55 g/min, ce qui est comparable à des athlètes beaucoup plus jeunes. Son “Fatmax” (l’intensité à laquelle il brûle le plus de graisses) se situe à un niveau très élevé de sa VO2 max (~77 %). Cela lui permet de préserver ses réserves de glycogène (sucre), ce qui est vital pour une épreuve de près de cinq heures.


Le Secret : Pourquoi son Cœur n’est pas le Seul Responsable ?

Pour comprendre d’où vient cette performance, les chercheurs ont utilisé la spectroscopie proche infrarouge (NIRS) sur le muscle vaste latéral de la jambe. Cela permet d’estimer l’extraction d’oxygène par le muscle.

Des Muscles “Affamés” d’Oxygène

Les résultats sont stupéfiants. Son extraction d’oxygène est d’environ 75-76 %. En termes simples, ses muscles sont capables de capter une immense partie de l’oxygène présent dans le sang qui circule.

L’étude montre que la diffusion de l’oxygène des capillaires vers les mitochondries (les usines énergétiques des cellules) n’est pratiquement pas un facteur limitant chez lui. L’oxygène atteint sa cible, et les mitochondries sont prêtes à l’utiliser immédiatement.

Le constat est clair : Son cœur montre des signes normaux de vieillissement (débit cardiaque maximal réduit), mais ses muscles sont restés incroyablement “jeunes”. Ils compensent la baisse de performance du cœur par une efficacité d’utilisation hors du commun. C’est une preuve magistrale que la plasticité musculaire est préservée très tard dans la vie.


Le Programme d’Entraînement : La Constance Avant Tout

Cet athlète n’est pas seulement un “miracle de la génétique” ; il est le produit d’un travail acharné et intelligent. Voici à quoi ressemble la routine de l’octogénaire le plus rapide de la planète :

  1. Volume Annuel : Plus de 3 500 km par an.
  2. Fréquence : 6 à 7 séances par semaine. La régularité est son maître-mot.
  3. Volume Hebdomadaire : Environ 65 km en temps normal, montant jusqu’à 120 km par semaine durant les deux mois précédant une course majeure.
  4. Phases de Préparation :
    • Phase générale : Course continue uniquement, allure entre 5:00 et 6:00 au km.
    • Phase spécifique : Ajout de séances de fractions (intervalles) allant de 200 m à des répétitions de 8 km. Ces séances sont courues seulement 5 à 10 secondes par km plus vite que l’allure cible en compétition.

Ce type d’entraînement — beaucoup de volume à basse intensité et un travail spécifique très proche du seuil — a sculpté sa physiologie. Cela explique sa haute capacité d’oxydation des graisses et son seuil lactate extrêmement élevé.


Les Leçons Pratiques pour Tous les Coureurs

Que vous ayez 30, 50 ou 70 ans, ce cas d’école nous livre des enseignements précieux pour notre propre pratique de la course à pied et notre longévité.

1. Priorisez la Fréquence et la Constance

Le déclin lié à l’âge est souvent accéléré par l’inactivité ou l’irrégularité. L’adaptation la plus importante pour l’endurance — la capacité du muscle à extraire l’oxygène — semble être remarquablement entraînable, même si l’on commence tard. L’essentiel est de construire un kilométrage hebdomadaire durable que vous pouvez répéter année après année.

2. Le Travail de “Seuil” est votre Meilleur Allié

Le travail au seuil lactate est le pont direct entre votre capacité aérobie brute (VO2 max) et vos performances réelles en course. En intégrant des séances de “tempo run” ou des intervalles longs à une intensité modérée-difficile, vous apprenez à votre corps à recycler le lactate et à maintenir une intensité élevée sans fatigue excessive.

3. N’Oubliez pas la Vitesse, mais Dosez-la

Même à 81 ans, cet athlète fait des intervalles. Garder un peu de vitesse tout au long de l’année permet de préserver la souplesse des tendons et la puissance musculaire, tout en évitant de “griller” son système nerveux par des séances trop lactiques.

4. La Santé Métabolique est la Super-Puissance du Vieillissement

Sa capacité à brûler des graisses à haute intensité est un facteur de protection majeur contre la fatigue. Cela se construit par des sorties longues en endurance fondamentale, là où le corps apprend à privilégier les lipides comme carburant principal.


Conclusion : Redéfinir nos Limites

L’histoire de ce coureur espagnol est un plaidoyer puissant pour le mouvement. Elle nous montre que si le temps finit par impacter la puissance brute de notre cœur, nos muscles et notre métabolisme ont une capacité de résistance et d’adaptation bien plus longue que nous ne l’imaginions.

Le véritable secret pour “bien vieillir” ne réside peut-être pas dans la recherche de la performance absolue, mais dans la culture d’une efficacité physiologique raffinée. En courant régulièrement, en variant les allures et en respectant notre biologie, nous pouvons repousser la courbe du déclin bien au-delà des normes sociales.

Comme le montre cette étude, la capacité du muscle à utiliser l’oxygène et la flexibilité métabolique sont les véritables piliers de la performance durable. Ce coureur est la preuve vivante qu’il n’est jamais trop tard pour commencer et que le corps humain est une machine capable de miracles de résilience.


FAQ

Est-il vraiment possible de commencer la course à pied après 60 ans et de devenir performant ?

Oui, tout à fait. Ce cas d’étude montre qu’un homme ayant commencé à 66 ans a pu atteindre un niveau mondial à 81 ans. Le corps conserve une grande plasticité (capacité d’adaptation) tant que la progression est graduelle et que la récupération est respectée. Bien sûr, un avis médical préalable est indispensable.

Pourquoi la VO2 max diminue-t-elle avec l’âge ?

Le déclin de la VO2 max est principalement dû à la baisse de la fréquence cardiaque maximale et du volume d’éjection systolique (la quantité de sang pompée par le cœur à chaque battement). Cependant, l’entraînement d’endurance peut ralentir ce déclin de moitié par rapport à une personne sédentaire.

Quel est le rôle des mitochondries dans la performance des seniors ?

Les mitochondries sont les organites cellulaires qui produisent l’énergie à partir de l’oxygène. Chez les athlètes masters, la densité et l’efficacité de ces mitochondries permettent de compenser la baisse de l’apport en oxygène par le cœur. C’est ce qu’on appelle l’amélioration de l’extraction périphérique d’oxygène.

Faut-il privilégier le volume (kilomètres) ou l’intensité (fractionné) en vieillissant ?

L’équilibre est la clé, mais le volume à basse intensité semble être la base indispensable pour maintenir la santé capillaire et mitochondriale. L’intensité doit être intégrée avec précaution pour préserver la vitesse et le seuil, mais elle ne doit pas représenter la majorité de l’entraînement pour éviter les blessures.

L’économie de course se dégrade-t-elle forcément avec l’âge ?

L’étude montre que l’économie de course (la quantité d’oxygène nécessaire pour courir à une vitesse donnée) peut diminuer avec l’âge, souvent à cause de la perte de rigidité tendineuse (effet ressort). Le renforcement musculaire et la pliométrie légère peuvent aider à maintenir une meilleure économie de course chez les seniors.

Sources

Exploring the physiological limits of aging: a case study of the male 50-km world record in the 80+ age category https://www.frontiersin.org/journals/physiology/articles/10.3389/fphys.2025.1735019/full

Physiological Profile of a World-Class 80-Year-Old Marathon Runner https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31652243/

The Oxygen Cascade: Muscle Oxygen Extraction and Aging Physiology https://www.researchgate.net/publication/399685123_Exploring_the_physiological_limits_of_aging_a_case_study_of_the_male_50-km_world_record_in_the_80_age_category

Nicolas Dayez, Fondateur de Athlé expliqué

Qui est Nicolas ?

Je suis un passionné de course à pied avec plus de 15 ans d'expérience. Ayant débuté comme coureur amateur, j'ai progressivement affiné mes compétences en m'informant sur les meilleures pratiques d'entraînement, que je partage désormais avec mes lecteurs.

Mon objectif est de rendre la course accessible à tous, en proposant des conseils pratiques, des analyses techniques, et des méthodes adaptées à tous les niveaux.

Actuellement en cours de formation pour le CQP Animateur d’athlétisme option « athlé forme santé », préparateur mental et nutritionniste sportif diplômé, j'approfondis mes compétences en entraînement et pédagogie afin de partager des méthodes et des approches efficaces et adaptées aux besoins des coureurs de tous niveaux.

Quelques faits d’armes :
- 100 km de Steenwerck : 7h44
- 80 km Ecotrail Paris (1300m D+) : 7h12
- 42 km Nord Trail Mont de Flandres (1070m D+) : 3h11
- Marathon de Nice-Cannes : 2h40
- Championnats de France de Semi-Marathon : 1h13
- 10 km de Lambersart : 34'16

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