Qui est Sébastien Raichon ? Le seul finisher du “Fun Run” à la Barkley

Je me souviens encore de ma première tentative sur un ultra-trail technique dans le massif du Beaufortain. Il était trois heures du matin, la pluie s’était transformée en un grésil cinglant, et ma lampe frontale ne perçait pas un brouillard aussi épais que de la soupe aux pois. À ce moment-là, j’ai compris une chose fondamentale : en ultra-endurance, ce n’est pas vos muscles qui vous font avancer, c’est votre capacité à accepter que le monde s’écroule autour de vous sans que cela ne perturbe votre progression.

C’est précisément cette force de caractère, cette résilience presque surhumaine, que Sébastien Raichon a démontrée lors de la mythique Barkley Marathons. Dans une édition où la forêt de Frozen Head a littéralement broyé les ambitions des meilleurs coureurs mondiaux, le Français a été le seul à rester debout pour valider ce que l’on appelle, avec une ironie typique de l’organisation, un “Fun Run“.


En résumé : Ce qu’il faut retenir de l’exploit de Sébastien Raichon

  • L’unique rescapé : Sébastien Raichon est le seul coureur à avoir complété le Fun Run (3 boucles) lors de cette édition.
  • Chronomètre : Il a bouclé ses trois tours en 38:05:46, respectant la barrière horaire des 40 heures.
  • Conditions dantesques : Une météo exécrable mêlant pluie, boue profonde et un brouillard givrant a décimé le peloton.
  • Un profil de “Raideur” : À 53 ans, cet ancien professeur d’EPS prouve que l’expérience et la gestion mentale surpassent la vitesse pure.
  • Le “Vieux Français” : Surnommé ainsi par Keith Dunn, il confirme la domination des coureurs de l’Hexagone sur les formats de survie.

La Barkley : Quand la forêt déclare la guerre aux hommes

Pour comprendre l’ampleur de la performance de Sébastien Raichon, il faut d’abord saisir ce qu’est la Barkley Marathons. Créée par le mystique Lazarus Lake (Laz), cette course n’est pas une compétition classique. C’est un test psychologique déguisé en épreuve physique. Pas de balisage, pas de GPS, juste une carte, une boussole et des livres cachés dans les bois dont il faut arracher la page correspondant à son numéro de dossard.

Sébastien Raichon allongé après une course

Cette année-là, les éléments semblaient s’être ligués contre les participants. Le départ a été donné exceptionnellement tôt, le 14 février à 6 heures du matin. Ce choix de date a drastiquement réduit le temps d’exposition à la lumière du jour, plongeant les coureurs dans de longues nuits glaciales au cœur des montagnes du Tennessee.

La boue, le brouillard et l’abandon

Rapidement, les rapports de course ont décrit un champ de bataille. La pluie incessante a transformé les sentiers (déjà quasi inexistants) en toboggans de boue liquide. Sur les 40 participants triés sur le volet, la grande majorité a jeté l’éponge dès la première ou la deuxième boucle. Le froid pénétrait les os, et la navigation est devenue un enfer à cause du brouillard.

Seuls quatre coureurs ont réussi l’exploit de s’élancer sur une troisième boucle. Parmi eux, des noms prestigieux comme Damian Hall, un vétéran britannique de l’ultra-endurance. Mais la forêt a eu le dernier mot pour presque tout le monde. Sébastien Raichon a été le seul à ressortir des bois avec ses pages en main avant le couperet des 40 heures.


Qui est vraiment Sébastien Raichon ?

Si le grand public ne connaît peut-être pas son nom autant que celui d’un Kilian Jornet, dans le milieu du raid aventure et de l’ultra-endurance extrême, Raichon est une légende vivante. Né le 12 juin 1972, ce quinquagénaire n’est pas arrivé dans le Tennessee par hasard.

Un parcours forgé dans l’acier

Pendant plus de 30 ans, Sébastien a exercé comme professeur d’éducation physique et sportive. Cette base académique et pratique lui a donné une compréhension millimétrée de la physiologie de l’effort. Mais c’est sur le terrain qu’il a bâti sa réputation.

Voici quelques-uns de ses faits d’armes qui expliquent sa réussite à la Barkley :

  1. Vainqueur du Tor des Glaciers : Une épreuve de 450 km dans les Alpes italiennes, où l’autonomie et la navigation sont reines.
  2. Recordman du GR20 : Il a traversé la Corse en autonomie en un temps record de 41h53.
  3. Vainqueur de la Winter Spine Race : Une course de 268 miles à travers l’Angleterre, réalisée seulement un mois avant son départ pour la Barkley.

Cette victoire à la Spine Race est cruciale. Enchaîner une telle épreuve avec la Barkley demande une capacité de récupération que peu d’êtres humains possèdent. C’est cette “caisse” physique, couplée à une habitude des conditions britanniques exécrables, qui lui a permis de surnager dans la boue du Tennessee.

Sébastien Raichon souriant pendant une course


L’anatomie d’un “Fun Run” : 38 heures de lutte

Le terme “Fun Run” peut prêter à sourire. Dans n’importe quelle autre course, boucler 100 kilomètres (environ la distance de trois boucles) serait considéré comme une fin en soi. À la Barkley, c’est une consolation pour ceux qui ne peuvent pas finir les cinq boucles du parcours complet.

Pourquoi Raichon n’a-t-il pas continué ?

Pour entamer une quatrième boucle, les coureurs doivent respecter un délai très strict de 36 heures. Raichon a franchi la fameuse barrière jaune après 38 heures, 05 minutes et 46 secondes. Il était donc “hors délai” pour le titre suprême de finisher, mais dans les temps (moins de 40 heures) pour valider officiellement son Fun Run.

Ce qui frappe dans son arrivée, c’est son calme. Surnommé affectueusement le “Old French Guy” par les officiels de la course, il incarne cette modestie typique des raideurs. Pas de grands gestes, juste la satisfaction du travail bien fait dans un environnement où tout le monde a échoué.


L’expertise française sur la Barkley

Il est fascinant de constater à quel point les Français excellent sur cette épreuve américaine. Avant Raichon, d’autres comme Aurélien Sanchez avaient déjà marqué l’histoire de Frozen Head. Pourquoi une telle réussite ?

La culture du Raid Aventure

La France possède une culture très forte du raid multisports, où l’on apprend à s’orienter à la boussole tout en étant privé de sommeil. Sébastien Raichon est d’ailleurs le premier finisher de la Chartreuse Terminorum, la version française de la Barkley. Cette épreuve, réputée pour être tout aussi difficile, voire plus physique, sert de laboratoire pour les coureurs de l’Hexagone.

À 53 ans, Raichon prouve aussi que l’ultra-endurance est l’un des rares sports où l’âge peut être un avantage. La patience, la gestion de la douleur et l’absence d’ego – qui pousse souvent les jeunes coureurs à partir trop vite – sont des atouts maîtres sur un parcours qui cherche à vous briser psychologiquement.

Sébastien Raichon dans une côte utilise ses bâtons


Pourquoi cette édition restera dans les mémoires ?

L’édition marquée par l’exploit de Raichon ne sera pas mémorisée pour son nombre de finishers (puisqu’il n’y en a eu aucun sur les 5 boucles), mais pour la brutalité des éléments. Quand un coureur du calibre de Damian Hall rentre au camp sans avoir pu terminer son troisième tour, on comprend que le niveau de difficulté a franchi un palier.

La Barkley se nourrit de ces années de disette. Elle rappelle aux athlètes que malgré les technologies, les chaussures carbone et les plans d’entraînement optimisés, la nature sauvage reste la seule juge. Sébastien Raichon, avec sa barbe grisonnante et son expérience de vieux loup des cimes, a été le seul capable de parler le langage de la forêt cette année-là.


En conclusion : Un exploit qui force le respect

Même s’il n’a pas rejoint le club très fermé des finishers des cinq boucles, Sébastien Raichon sort de cette expérience avec une aura renforcée. Être le seul homme à avoir dompté trois boucles dans de telles conditions est une performance qui, pour beaucoup de spécialistes, vaut bien une victoire sur un ultra-trail classique.

Il nous rappelle que la réussite ne se mesure pas toujours à la médaille d’or, mais à la capacité de rester debout quand tous les autres ont mis un genou à terre. Raichon n’est pas juste un coureur ; c’est un artisan de l’effort, un homme qui a su transformer la souffrance en une forme d’art.


FAQ : Tout savoir sur Sébastien Raichon et la Barkley

Qu’est-ce qu’un “Fun Run” à la Barkley Marathons ?

Le Fun Run consiste à terminer trois boucles complètes du parcours de la Barkley (soit environ 100 km avec un dénivelé colossal) en moins de 40 heures. C’est une distinction officielle, bien que le but ultime reste de boucler les cinq tours en moins de 60 heures.

Quel est l’âge de Sébastien Raichon lors de cet exploit ?

Sébastien Raichon avait 53 ans. Il est né le 12 juin 1972. Son âge est souvent mis en avant comme une preuve que l’endurance extrême et la solidité mentale se bonifient avec le temps.

Pourquoi n’y a-t-il pas eu de finisher des 5 boucles cette année ?

Les conditions météo ont été le facteur déterminant. La combinaison d’une pluie froide, de boue et d’un brouillard intense a rendu la navigation extrêmement lente. À la Barkley, si vous perdez du temps sur l’orientation, il est impossible de rattraper le retard physiquement, ce qui conduit inévitablement au dépassement des barrières horaires.

Quelles sont les principales victoires de Sébastien Raichon ?

Outre son Fun Run à la Barkley, il a remporté le Tor des Glaciers (450 km), la Winter Spine Race (430 km) et il détient plusieurs records de traversées en autonomie comme le GR20 ou la traversée des Alpes.

Est-ce que Sébastien Raichon reviendra sur la Barkley ?

Compte tenu de son tempérament de compétiteur et de son historique (il avait déjà bouclé 4 tours en 2024), il est fort probable que le “Vieux Français” n’en ait pas fini avec Lazarus Lake et ses livres cachés.