L’image a fait le tour des réseaux sociaux et des forums de trail : une jeune fille de 12 ans, le visage concentré, foulée légère sur la terre ocre de l’Arizona, franchissant la ligne d’arrivée d’un 50 km (le Black Canyon) en 5h39min09s. Ce n’est pas seulement le chrono qui a sidéré la communauté, c’est le fait qu’elle ait distancé son propre père à mi-parcours pour finir seule, avec une régularité de métronome.
En tant que passionné de longue distance depuis quinze ans, j’ai vu passer des phénomènes. Mais là, on touche à quelque chose qui gratte là où ça fait mal : la limite entre le talent précoce et la préservation de l’intégrité physique d’un enfant.
En résumé : Ce qu’il faut retenir de l’affaire Bontognali
- L’exploit : Marta Bontognali a couru 50 km à une moyenne de 6:47 min/km sur terrain technique.
- Le débat : La communauté scientifique s’inquiète des impacts sur les plaques de croissance et le système hormonal à un âge si jeune.
- La réglementation : Le trail reste un “Far West” juridique selon les pays (interdit aux mineurs en France, libre aux USA).
- Le risque majeur : Au-delà du physique, le burnout psychologique guette les enfants stars de l’endurance.
Quand la jeunesse défie la distance : Une analyse de la performance
Pour bien comprendre, 5h39 sur un 50 km de trail, c’est une performance que 90 % des coureurs adultes masculins ne花atteindront jamais après dix ans d’entraînement. Marta n’a pas seulement “fini”, elle a performé.
Le mur des 30 km
Je me souviens de mon premier marathon à 25 ans. Au 32ème kilomètre, mon corps m’a envoyé des signaux de détresse que je n’oublierai jamais. Mes articulations grinçaient, mon esprit s’emballait. Imaginer une enfant de 12 ans gérer cette charge mentale et physique avec une telle sérénité me laisse pantois. Cela soulève une question d’expertise : le corps d’un enfant est-il, biologiquement, une machine de guerre pour l’endurance ?
La réponse est nuancée. Les enfants ont un VO2 max (consommation maximale d’oxygène) naturellement élevé par rapport à leur poids. Ils récupèrent plus vite que nous. Mais leur “châssis” est encore en cours de soudure.
Le corps d’une enfant de 12 ans face à l’ultra-distance
1. Les plaques de croissance : Le point de rupture
À 12 ans, le squelette n’est pas ossifié. Les cartilages de croissance sont des zones de faiblesse. Répéter des dizaines de milliers de fois le même impact sur un sol dur ou instable peut provoquer des lésions irréversibles. On ne parle pas d’une simple fatigue, mais de déformations structurelles.
2. Le système hormonal
L’entraînement intensif pour l’ultra-marathon demande un volume horaire colossal. Chez les jeunes filles, une dépense énergétique excessive peut mener à la triade de l’athlète : troubles alimentaires, aménorrhée (absence de règles) et ostéoporose précoce. Est-ce un prix acceptable pour une médaille en chocolat ?
3. La psychologie : Le poids de l’attente
Le plus grand danger est peut-être invisible. Quand on devient “la fille qui court des 50 km” à 12 ans, on s’enferme dans une identité. Si Marta se blesse ou si elle a simplement envie de faire de la danse ou de lire des BD l’année prochaine, aura-t-elle la liberté de s’arrêter sans décevoir le monde entier ? Le burnout athlétique chez les mineurs est une réalité documentée qui brise des carrières avant même qu’elles ne commencent.

La réglementation : Un vide juridique mondial ?
Le cas de Marta met en lumière une disparité flagrante dans le monde du trail :
| Pays / Région | Réglementation sur l’Ultra pour les mineurs |
| France (FFA) | Strictement interdit. Distances limitées selon l’âge (max 5-10km pour les minimes). |
| États-Unis | Souvent à la discrétion de l’organisateur. Décharge parentale suffisante. |
| Suisse | Approche plus souple, basée sur la responsabilité parentale. |
Cette liberté américaine est une arme à double tranchant. Elle permet l’éclosion de talents bruts, mais elle expose les enfants à des pressions commerciales (sponsors, réseaux sociaux) que leur cerveau pré-adolescent n’est pas armé pour filtrer.
L’ombre des records : Lichter et Troyer
Pendant que Marta créait la polémique sur le 50 km, le 100 km du Black Canyon voyait aussi des records tomber. Jennifer Lichter est devenue la première femme à descendre sous les 8 heures sur ce parcours (7:57:05). Hans Troyer, lui, a pulvérisé le record masculin en 7:20:00.


Ces athlètes ont un point commun : ils ont construit leur base pendant des années. Lichter, bien qu’ayant fait une entrée fracassante dans le monde de l’ultra, n’est pas une enfant. Elle a la maturité physiologique pour absorber les chocs. L’ultra-trail est un sport de maturité. La plupart des champions atteignent leur sommet entre 30 et 40 ans. Pourquoi presser le citron à 12 ans ?
Conclusion : Protéger la flamme plutôt que de brûler les étapes
Marta Bontognali possède un don, c’est indéniable. Mais le rôle de la communauté du trail — organisateurs, parents, équipementiers — ne devrait pas être d’applaudir la précocité à tout prix. Notre responsabilité est de veiller à ce qu’à 30 ans, Marta ait toujours envie de lacer ses chaussures de running.
L’ultra-trail est une quête de longévité. Courir 50 km à 12 ans est un exploit cinématographique, mais c’est un pari risqué sur l’avenir. Espérons que son entourage saura privilégier le jeu et la santé sur les chronos et les likes.
FAQ : Tout savoir sur les enfants et l’ultra-trail
Est-il dangereux pour un enfant de courir de longues distances ?
Oui, le risque principal réside dans les lésions des plaques de croissance et les fractures de fatigue. Le cœur et les poumons d’un enfant peuvent suivre, mais ses os et ses tendons sont encore trop malléables pour supporter des volumes d’entraînement d’adulte sans risques à long terme.
Quelle est la distance maximale recommandée pour une enfant de 12 ans ?
La plupart des fédérations d’athlétisme (comme la FFA en France) limitent les compétitions pour les “Benjamins/Minimes” à des distances comprises entre 3 et 5 km. Courir plus est possible pour le plaisir, mais la compétition intensive sur longue distance est déconseillée avant la fin de la croissance.
Pourquoi n’y a-t-il pas d’âge minimum universel dans le trail ?
Contrairement à la course sur route très réglementée, le trail est né d’un esprit de liberté sauvage. Beaucoup de courses américaines considèrent que la décision appartient aux parents. Cependant, face à la médiatisation croissante, de plus en plus de voix s’élèvent pour instaurer des barrières protectrices.
Qu’est-ce que le syndrome de burnout chez le jeune athlète ?
C’est un état d’épuisement physique et émotionnel. L’enfant ne court plus pour lui-même, mais pour répondre aux attentes de ses parents ou de ses fans. Cela mène souvent à un abandon total du sport dès l’entrée dans l’âge adulte.
Sources et ressources pour aller plus loin
Pour approfondir ce sujet complexe, je vous recommande de consulter ces ressources qui font autorité dans le milieu :
- Le site officiel du Black Canyon Ultras : Pour consulter les résultats complets et les règlements de la course (aravaiparunning.com).
- La Clinique du Coureur : Une mine d’or d’informations scientifiques sur la santé des jeunes coureurs, dirigée par des experts en physiothérapie (lacliniqueducoureur.com).
- Umathle.fr (Fédération Française d’Athlétisme) : Pour comprendre les barèmes de distances autorisées par catégories d’âge en France, une référence en matière de protection des mineurs.
- L’étude “The Young Endurance Athlete” : Un ouvrage de référence en médecine du sport qui analyse les impacts physiologiques de l’endurance extrême sur le corps en croissance.
