Comment Born to run de McDougall a changé ma vision du running ?

Born to run est l’un des meilleurs livres de tous les temps en course à pied. Il a inspiré une nouvelle vision chez tous les coureurs, y compris l’ultra-marathon et le trail running.

Son plaidoyer en faveur de la course minimaliste et de la course pieds nus (barefoot) a déclenché une révolution, conduisant des milliers de personnes à remettre en question la chaussure de course moderne maximaliste.

Publié pour la première fois en 2009, ses effets sont encore notables dans l’industrie de la chaussure, 20 ans plus tard. Mais surtout, c’est un excellent ouvrage à lire pour tous les coureurs. La citation de Bill Rodgers sur la 4e de couverture le résume en quelques mots :

Le livre de McDougall m’a rappelé pourquoi j’aime courir.

Avant l’arrivée de Born to Run, les livres sur la course à pied étaient une denrée rare.

Les Précurseurs

Je ne me souviens que de deux livres précédents qui ont eu une certaine popularité. The Complete Book of Running de Jim Fixx. Il s’agit d’un roman classique des années 1970 (et toujours d’actualité), qui traite de l’essor du marathon et des formes d’entraînement de l’époque. Ce livre qui a cartonné possède une couverture rouge emblématique, évoque le souvenir d’un exemplaire de livre ancien, avec son extérieur laminé et son odeur caractéristique.

L’autre volume qui me vient à l’esprit est The Runner’s Literary Companion, une compilation de nouvelles et d’extraits de récits plus longs. Moins axé sur l’entraînement, le mot clé du titre est plus « littéraire » et basé sur la fiction.

Un classique moderne

Le livre de McDougall est le meilleur des deux mondes – il raconte l’histoire d’athlètes surhumains dans un déluge d’événements divertissants et incroyables. L’auteur garde les pieds sur terre grâce à sa perspective auto-dépréciative. Mieux encore, l’histoire est subversivement parsemée de conseils d’entraînement, comme le mantra de Caballo : « Facile, léger, souple, rapide« .

Le récit commence par une question simple, une question que presque tous les coureurs se sont déjà posés. McDougall s’est demandé « Pourquoi mon pied me fait-il mal ?« .

Après quelques visites infructueuses chez le médecin, il se retrouve à échapper aux dangereux cartels de la drogue au Mexique pour retrouver la tribu mythique des Tarahumara. On les appelle « les gens qui courent ».

Arnulfo_Quimare_and_Scott_Jurek

En commençant par Caballo Blanco, un coureur qui vit en solitaire parmi les Tarahumara dans les Canyons du cuivre au Mexique, une foule de personnages excentriques parcourt les pages du livre. Nous faisons la connaissance d’Ann Trason, prodige de l’ultra-course dans les années 80 et 90. Elle doit affronter des hommes Tarahumara qui ne portent que des robes colorées et des sandales pour une course de 160 km en altitude, jour et nuit, à travers les Rocheuses du Colorado.

Ce n’est qu’une introduction. Ensuite, on nous parle d’Emil Zatopek, un prodige olympique tchécoslovaque des années 50 aux allures de Forrest Gump. Nous passons ensuite à Scott Jurek, sans doute la plus grande star de ce sport, qui s’effondre dans la Vallée de la Mort lors d’une énième course.

De là, nous nous rendons sur la côte Est, où un jeune couple court ensemble à Virginia Beach au rythme de « Howl » d’Allen Ginsberg, et réussit les épreuves d’ultra dans les Appalaches.

Born to Run change la donne

Finalement, McDougall revient à la question « Pourquoi mon pied me fait-il mal ?« .

La réponse, comme vous pouvez le deviner à ce stade de l’histoire, est due à l’industrie moderne des chaussures de course à pied. Il affirme que le corps humain est conçu pour courir sur de longues distances sans tout ce rembourrage et ce soutien de la voûte plantaire, et que ces chaussures « protectrices » sont à l’origine du nombre élevé des blessures liées à la course.

Il va même plus loin en partageant une théorie sur l’évolution humaine. Pour résumer, certains pensent que la course de fond a joué un rôle dans le fait que l’homo-sapiens est devenu l’espèce dominante sur terre. Malgré un cerveau plus petit et des statistiques physiques moins impressionnantes que celles des néandertaliens, l’homo-sapiens possédait un tendon d’Achille et d’autres caractéristiques évolutives qui lui conféraient une plus grande endurance.

Notre capacité aérobique nous a permis de chasser en meute et d’épuiser littéralement nos proies, fournissant ainsi un régime régulier de viande qui a fait grandir nos cerveaux et nous a aidés à prospérer en tant qu’espèce. On pourrait dire que l’évolution a fait des humains des êtres nés pour courir, d’où le titre. McDougall présente un argument convaincant, avec des données scientifiques à l’appui.

Une prédisposition à la course de fond signifie que notre corps est équipé de l’équipement nécessaire à cette activité. Cela conduit à un argument en faveur de la course pieds nus, malgré ce que Nike et l’industrie de la vente nous ont fait croire depuis les années 1980.

Comment ce livre m’a influencé ?

Je n’ai lu Born to Run qu’en 2013.

Le livre a connu un succès immédiat après sa publication en 2009, si bien que les gens l’avaient recommandé pendant un certain temps avant que je ne me décide à le lire.

À l’époque, je m’étais remis à la course à pied. Born to Run semblait avoir toutes les réponses. J’ai lu de nombreux articles sur la course pieds nus. Les informations sur le sujet étaient alors faciles à trouver, car le livre avait inspiré de nombreux bloggueurs.

Les fabricants de chaussures ont commencé à produire plusieurs modèles de chaussures « minimalistes », et j’ai acheté une paire de New Balance. Vous vous souvenez peut-être que c’est à peu près à cette époque que les chaussures Vibram Five Fingers, très à la mode, ont atteint leur popularité.

Comment ce livre m’a bouleversé ?

J’ai donc fait quelques séances avec mes nouvelles chaussures et je me suis senti libéré. J’ai même fait une série de marches pieds nus sur tous les types de terrains, et quelques sprints dans l’herbe. J’ai même arraché les semelles intérieures confortables de mes chaussures maximalistes et j’ai acheté de bonnes vieilles Chuck Taylors (minimalisme incognito) pour les porter de manière décontractée.

Tout se passait bien. Tellement bien, en fait, qu’un jour j’ai décidé de faire plusieurs squats à la salle de sport, suivis d’une séance de 10 km – plus du double de la distance que j’avais parcourue avec mes chaussures minimalistes jusqu’à présent.

Mes genoux ont souffert le lendemain et sont restés extrêmement sensibles pendant des semaines.

Ainsi se termine l’expérience du minimalisme.

Cette blessure m’a tellement effrayé que j’ai abandonné la course à pied pendant plusieurs années. La double obsession du sac à dos et de la course à pied n’est probablement pas bonne pour les genoux. Le commentaire d’un ami, alors que nous faisions un voyage en sac à dos, a bouclé la boucle :

Je préfère être capable de faire ça dans ma vieillesse plutôt que de tout risquer en courant

Le mouvement du pendule

J’ai l’impression de ne pas être le seul à avoir fait cette expérience après avoir lu le livre. De nombreux coureurs ont essayé, sont rentrés chez eux plus blessés qu’avant et ont ensuite cherché des chaussures avec plus d’amorti.

La popularité de chaussures telles que les Hoka One (Moon Boots, comme les appelle un ami) qui a suivie est la preuve des retombées postivies. Des articles ont même proclamé que « la mode du minimalisme est terminée« .

Ce qu’il faut retenir de ce livre

L’histoire de Born to Run se termine par une épreuve dans les souterrains Copper Canyons du Mexique. Opposant les meilleurs Tarahumara aux meilleurs Américains, cet événement est devenu légendaire dans le monde de l’ultra-course.

Peut-être que le minimalisme n’est pas à blâmer, mais les « exploits » des personnages du livre m’ont laissé perplexe. Les défenseurs du barefoot recommandent toujours de commencer très lentement, ce qui n’est pas le cas dans le livre.

Peut-être que ce sont ces exploits légendaires de ces champions qui ont causé des problèmes à tout le monde. Notre subconscient se souvient de leurs exploits. Se débarrasser de nos chaussures semble si intuitif et d’une simplicité déconcertante, ce qui nous incite à en faire trop, trop tôt et à finir par nous blesser.

En ce qui me concerne, j’ai recommencé à courir un peu ces dernières années. Je fais parfois des séances en endurance fondamentale sur terrain souple avec des chaussures minimalistes, sans aucune blessure. À l’approche de la trentaine, je me sens plus performant que jamais. Nous verrons comment cela se passe à l’avenir.

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